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Province. Tome second.
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LE BEAUCERON.

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soins, courbés sur l’aire ou penchés sur la glèbe; et es labeur méthodique et con-tinuel rend leur existence uniforme comme la nature dont ils sont entourés.

Leur nourriture, plus que frugale, se compose invariablement de pain bis, — dupain bis, eux qui nous en donnent de si blanc! — de légumes et de fromage avec del’eau à discrétion, pas toujours cependant, attendu qu’en été les mares se dessèchentvite et que les puits se tarissent quelquefois. La viande n’entre dans leurs repasqu’aux fêtes carillonnées ou pendant la moisson; et c’est ordinairement du lard auxchoux, pour ne pas dire des choux au lard : mais, qu’importe, leur sobriété s’en con-tente; le fermier lui-même, quelle que soit sa fortune, ne fait pas meilleure chère;point d’exception pour lui. Cette frugalité, devenue proverbiale, fait dire encoreau caustique curé de Meudon que les gens de la Beauce «desjeunent de baisler, et s’en«trouvent fort bien, et n’en crachent que mieulx. » — Mai très et domestiquess’asseyent patriarcalement à la même table et vivent entre eux sur le pied d’une égalitéparfaite. Aussi dans presque toutes les fermes, les principaux serviteurs vieillissentsous le harnais et se transmettent de père en fils comme de véritables immeubles.Il n’est pas rare de voir des garçons de labour attachés depuis cinquante ou soixanteans à la même exploitation. Combien de fois, dans un pareil nombre d’années, lechar de l’État change-t-il de conducteurs ?

Les Beaucerons n’ont point, à proprement dire, de patois; mais ils parlent unlangage corrompu , semé parfois de traits assez bizarres et tout plein de vieilles lo-cutions qui s’accordent bien avec leurs vieilles habitudes. Ils ont la voix haute etchantante, l’accent traînard, presque autant que celui des Normands, et donnent auxsyllabes finales des sons particuliers, qui ôtent à leur prononciation toute élégance ettoute noblesse. — La proximité de la capitale et les fréquents rapports du cultivateuravec les villes voisines, où il opère la vente de ses grains, tendent à faire disparaîtrechaque jour l’originalité de son costume. Toutefois sa tournure est encore assez ca-ractéristique pour qu’on n’ait pas A s’y méprendre. — Voyez cet homme au teinthâlé, coiffé d’un feutre à larges bords, dont le reflet rougeâtre atteste les services,couvert d’une blouse grossièrement brodée autour du col et trop courte pour ca-cher les vastes pans d’un habit de gros drap, qui tombe jusque sur les guêtres de toileblanche où ses jambes sont emprisonnées; il tient un bâton noueux suspendu à sonbras par un cordon de cuir, et le talon de ses souliers ferrés presse le flanc de samonture normande, qui porte en croupe le picotin d’avoine obligé. Chacun despiétons qu’il rencontre le salue, en l’appelant par son nom , comme une vieille con-naissance, et, tout en marchant, échange avec lui quelques mots sur le prix descéréales ou sur les résultats que promet la récolte, le tout dûment assaisonné deproverbes, d’axiomes et de dictons sentencieux à la Mathieu Laensberg... — c’est unfermier beauceron qui se rend à la halle de Chartres , dont les clochers se dessinentau loin dans la brume, pareils à deux éteignoirs gigantesques.

Grâce à la civilisation, qui a porté le goût du comfortable jusque dans les chau-mières, les gros métayers ont adopté déjà pour la plupart une manière de voyagerplus commode, et ne craignent pas de s’aventurer en cabriolet dans les ornièreséternelles de leurs routes vicinales. Que sera-ce lorsque le chemin de fer projeté de