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Province. Tome second.
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LE BEAUCERON.

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temps épicier, perruquier, chantre, et marchand de vin , ce qu’indique aux ama-teurs le bouchon de bruyères garni de pommes et de foin qui pend glorieusementau-dessus de sa porte. De manière que la plupart du temps une simple cloison sé-pare la classe du cabaret : méthode renouvelée des Spartiates, qui exposaient deshommes ivres à la vue de leurs enfants, pour leur enseigner la tempérance. Maiss’ils ne cumulaient ainsi plusieurs professions, ces pauvres précepteurs villageois neverraient pas souvent le vœu de Henri IV se réaliser pour eux. On n’envoie guèreles jeunes garçons à l’école que pendant trois mois de l’année, quand l’hiver inter-rompt les travaux de l’agriculture; encore ces singuliers élèves payent-ils ordinaire-ment le prix de leur pension en pommes de terre, haricots, lentilles, et autreslégumes, ce qui fait un pot-au-feu dans lequel, comme l’a dit un poëte du pays,

Il n’est Nostradamus

Qui, l’astrolabe en main , ne demeurast camus,Si, par galanterie ou par sottise expresse,

Il y uensoil trouver une estoile de gresse...

Les opinions politiques du Beauceron sont éminemment voltairiennes. Il les re-trempe dans le Glaneur (prononcez Glanue), journal de la localité, qu’il reçoit deseconde ou de troisième main, par économie, et qui lui parvient tous les mois enpaquet, de sorte que, à vingt ou trente lieues de Paris , il apprend ce qui s’y passequand toute l’Europe le sait déjà depuis longtemps. Mais cela ne l’empêche pas derépéter, dans son jargon, à l’arrivée de la feuille départementale : Oyons ein brin quaiqu’y a d'neu ani (Voyons un peu ce qu’il y a de nouveau à nuit) 1 .

Lors des élections, le Beauceron ne se prononce ouvertement ni pour ni contre telou tel candidat: il nage toujours entre deux eaux, tâchant de ménager la chèvre etle chou, à l’instar de son digne voisin le Normand. De cette façon, le rusé compèrese trouve choyé par les uns et les autres. Il se laisse faire très-volontiers et boit avectous les partis, dont il se rit dans son for intérieur. Après avoir passé par toutes lesnuances du prisme politique, comme le caméléon qui reflète les couleurs sans en gar-der l’empreinte, il redevient lui-même, et vote selon sa guise, à la satisfaction uni-verselle : double avantage du bulletin secret !

Après l’idée qu’on a pu se faire déjà des métayers beaucerons, on aura peine à sefigurer sans doute que leurs femmes sont des plus coquettes ou, pour nous servir del’expression du pays, des plus piaffeuses. Cela est exact, pourtant. Les fermières,grâce à l’aisance et à l’économie de leurs maris laborieux, étalent, dansdes jours de

1 A nuit , pour aujourd’hui, est une expression qui remonte à la plus liante antiquité. LesGaulois la tenaient des druides, qui comptaient par nuits et non par jours, disant que lesténèbres avaient précédé la lumière, et qu’ils étaient fils de Plu ton , dieu de la nuit.