Band 
Province. Tome second.
Seite
110
JPEG-Download
 

J10

LK BEAUCERON.

vingt-trois, mort à vingt-sept ! Marceau qui mérita, comme Bayart, d’être pleurepar ses compagnons d’armes et par ses ennemis, et dont Chartres , sa ville natale, ahonoré la mémoire en lui élevant une pyramide sur la place du marché qui porteson nom.

Entre autres personnages politiques, la Beauce a vu naître le maire de Paris , Pé'tion ,-et le fameux conventionnel Brissot de Ouarville, qui, dans sa fureur d’anglo'manie, écrivait par un aristocratique W le nom de son modeste village. Nous indi-querons en oulre, au milieu d’une foule d’écrivains, l’abbé Philippe Desportes , quile premier tenta de faire sortir la littérature du chaos où Ronsard et ses imitateursl’avaient plongée;—après lui,le satirique Regnier, le poète Colardeau , et le bon,le spirituel Collin d’Harleville; enfin, comme artistes, le célèbre comédien Fleury »et l’habile architecte Jehan de Beauce, auquel on doit un des admirables clochers dela cathédrale de Chartres , et qui, par une modestie bien rare , hélas ! de nos jours,se qualifiait tout simplement de maître maçon! Nous ne voudrions pas faire de cetarticle une notice biographique; cependant, au nombre des gloires de la Beauce,nous devons placer encore le savant jurisconsulte Chauveau-Lagarde , et l’abbé Ju-mentier, moderne Vincent de Paule, dont la vie presque séculaire n’a été qu’unacte immense de charité, un de ces hommes que Dieu envoie aux époques dedissolution et d’incrédulité, comme pour conserver en eux les germes de la moraleet de la religion ! Le Beauceron ne possède donc pas seulement les qualités du tra-vailleur : s’il contribue par son activité au bien-être delà patrie, il sait encore, àl’occasion, l’illustrer ou la défendre.

L’habitant des villes n’offre pas un caractère bien tranché. Trop près du cenlrepour être tout à fait provincial, et trop enfoncé dans les plaines pour ne pas être déjàfort excentrique, il participe à la fois du Parisien et du campagnard, sans avoir ml’élégance et la gaieté de l’un, ni la franchise et la rondeur de l’autre. C’est uneespèce d’être métis, moitié paysan, moitié bourgeois; une physionomie neutre,incolore, ressemblant à tout et n’exprimant rien. Ah! si, pardon, il est un traitsaillant dans cette figure , une particularité locale que nous allions oublier. Il s’agdd’une chose commune à toute la province, il est vrai, mais qui florit sur I eterroir beauceron plus que partout ailleurs : la médisance, ou, pour nous servir dumot technique, le cancan. C’est là qu’il est vraiment naturalisé, qu’il s'épanouit»qu’il s’étale! Écoutez. «Depuis quand madame X... porte-t-elle chapeau? — Depuisquand M. *** met-il des lunettes ? — Que dit-on de la première? — Quel bruit courtsur le second? — Où va celui-ci? — D’où vient celle-là? — Pourquoi telle chose?— Pourquoi telle autre?» Voilà comme, du matin au soir, et sous toutes les formes,se traduit le cancan, tour à tour naïf, indiscret, impitoyable, et qui n’est pas, quoiqu’on en dise, une mitigation , mais bien un raffinement de la calomnie, parce que»au lieu de vous frapper, comme elle, tout droit au cœur et d’un seul trait, il voustue à coups d’épingle, en affectant des airs de bonhomie.

L’habitant du chef-lieu s’endort à l’ombre de sa cathédrale, excellent morceaud’architecture gothique, et vit sur ses pâtés, autre morceau du meilleur goût et quifera passer à la postérité le nom des frères Lemoine , ces Vatels de la pâtisserie ! Le