L'HABITANT I)l£S LANDES.
i k;
il y domine, du lin ni de ses déliassés, sans rivaux ni ministres, et son autocratie nerencontre pas d’obstacles dans les vastes solitudes de llorn et de Marennnes. Dans leMaransin, où les pujnadas 1 croissent et abondent, le rôle du pâtre est secondaire elc’est au résinier que la royauté est dévolue.... ; mais, <|u’est-ce que le résinier? •■■■■
C’est un homme qui se lève au point du jour, s’arme d'une hache affilée, charge
ses épaules d’une longue perche façonnée en guis®d’échelle, d’un sac contenant ses provisions, et q 111s’achemine aussitôt vers les forêts de pins danslesquelles il passe la plus grande partie de sa vie-Quelques chants ou articulations discordantes ser-vent de prélude a ses travaux. Il dresse ensuitesa perche à étriers contre la tige élancée d’un pin»et s’élève a une hauteur considérable, sans autreappui que le petit support sur lequel est posé sonpied gauche, tandis que sa jambe droite, projeté®contre l’arbre, contient la perche et l’empêche d®vaciller. Ainsi suspendu, il donne des coups de ha-che d’une main assurée et trace a la superficie du pin un étroit canal où l’on jure*rait que le rabot a passé. De cette entaille longitudinale, qui aboutit au pied d®l’arbre , découlera la l ésine que ce même homme ramassera et transportera plus lardaux ateliers où elle est distillée.
Voilà le résinier ! !
Habitué fort jeune à ce travail pénible, il est comme le berger séquestré de toutesociété. Cependant il passe ses journées sans ennui et ne changerait pas sa vie contr®une existence plus confortable. Dévorantà la hâte une sardine et un morceau de painde seigle, le résinier se désaltère avec l’eau marécageuse qui croupit dans la forêt;et ne rentre dans sa hutte solitaire que pour y prendre quelques heures de repos-Neuf mois de Tannée, du I e ' mars au I er décembre, s’écoulent ainsi pour lui; 1® Strois autres, il les passe dans l’habitation de sa famille ou du colon. Toutefois il s ®peut qu’un voyageur égaré dans les bois cherche en vain la trace du sentier perdu,et prête inutilement l’oreille : lesiffiementaigu de la hache ne se fait point entendre,car c’est un dimanche, et le résinier est absent. Pour faire trêve à son isolement, da quitté les pif/nadas de bonne heure et s’est rendu au cabaret : là, il oublie ses fa-tigues, et les éclats bruyants de sa grosse gaieté couvrent à peine la voix glapissant®des femmes et les clameurs des enfants entassés autour des tables où le vit'coule à flots. Les libations se succèdent sans interruption, et quand la nuitarriv®,l’ivresse est générale; alors ont lieu des scènes incroyables sur lesquelles des torch® sde résine répandent une lumière rougeâtre et enfumée. Le désordre va toujourscroissant jusqu’à ce que les uns tombent sous les tables, tandis que d’autres s’effor-cent de regagner leurs chaumières en titubant de la façon la plus périlleuse. Le len-demain, le résinier, que l’orgie du dimanche semble avoir rafraîchi, court d’un
mmi
i