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Province. Tome second.
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LE NORMAND.

15 S

tours, cl lotîtes Its rusts et surprises que la chicane peut inventer, tellement <| lRles estrangers ne s’osent associer avec ce peuple 1 . »

Tout prenait en Normandie une tournure litigieuse, môme les discussions théol"'giques. Un janséniste de lîayeux, abandonné a ses derniers moments par le clergéorthodoxe, allait périr sans viatique. Il employa le ministère d’un huissier, q 111somma le curé de la paroisse d’avoir à administrer le moribond !

Le nombre des procès a diminué sous l’empire du Code civil, mais les lois no"'velles n’ont pas assez d’inllexibilité pour ne point fournir d’arguments a deux faces,l une qui affirme, l’autre qui dément; et beaucoup de Normands sont encore di*'posés a profiler de cette élasticité d’interprétation pour éterniser les discussions d’i"'térêt. Un habitant de Bayeux ou de Falaise se croit-il victime de quelque inj" s 'lice, lésé dans ses intérêts; lui conleste-t-on un droit quelconque, lui cause-t-on,h’moindre dommage, vite un commissaire, un juge de paix, un homme de loi :« Oh ■oh ! nous allons voir ! Clin n se passera point comme dta ... Funi que la gueule dujugetn pelle! j'en aurai raison, quand même je devrais manger ma dernière che-mise ! » lit la querelle s’engage, haineuse comme une guerre féodale . Bientôt, a"milieu des débats judiciaires, les parties adverses perdent de vue l’objet de leiu' sréclamations, pour ne songer qu’à se ruiner mutuellement : le désir de la ven-geance fait taire l’intérêt personnel. Dans certains pays on s’égorge : en Normandie on plaide; on y combat à coups d’assignations, comme en Italie à coups de slyh’l •'le mot vendetta s’y traduit par procès.

Il serait injuste toutefois de répéter aveuglément de vieilles calomnies. Non, lt!Normand ne jure point des deux mains; non, il ne trafique point effrontément d"son témoignage; mais il est vétilleux, et trouverait moyen d’embrouiller un axiomegéométrique. Si, en contractant avec lui, on n’a pas observé strictement toutes h’ sformalités légales; si toutes les quittances ne sont pas en règle, si les noms d’homme 5et de lieux ne sont pas convenablement orthographiés dans les actes, la tentation dechicaner et de plaider pourra s’emparer de lui, et aura-t-il le courage d’y résister!

Durant l’année judiciaire de 1850-51, les tribunaux du ressort de la cour de Boue"ont jugé sept mille quatre-vingt-dix-huit procès, et ceux qui dépendent de la co" 1de Caen , dix mille trois cent trente-deux. Dans ce nombre ne sont pas comprises le scauses appelées aux tribunaux de commerce, qui montent, dans le ressort de la co" 1 'de Rouen seulement, à douze mille (rois cent quatre-vingt-trois 2 . Ces chiffres ne so" 1dépassés que par ceux que donne la statistique du département de la Seine , placedans une position exceptionnelle.

L’immense mouvement de l’industrie normande contribue à ce résultat. b ;lconcurrence des activités qui se heurtent à Rouen, au Havre , à lübeuf, à bouviers, etc->enfante inévitablement des procès; cepeudanlc’esten basse Normandie qu’on trou' 1 ’le plus d’ardeur chicanière. C’est là que certains cultivateurs possèdent , aussi hic"qu’un premier clerc d’avoué, et beaucoup mieux qu’un avocat, le vocabulaire ba-roque de la procédure. Ils rédigeraient au besoin une assignation à comparai! rC

/description de h i France, pagr .107. - 2 Annuaire de Normandie .