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Province. Tome second.
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IS6

LE NORMAND.

MÉDECINE POPULAIRE. — INVOCATION DES SAINTS . — PELER 1NAGES. — RECETTES MYSTÉRIEUSES, E.TC.

La persistance de cette croyance aux sorciers, aux enchantements, aux présages,est d’autant plus étrange que, dès les premiers temps du christianisme, les évêque ss’attachèrent à la combattre. Saint Augustin la condamne avec énergie dans sonsermon 221 de Tempore. Saint Eloi, qui fut évêque de Noyon , ville neustrienne, ooseptième siècle, déclarait sacrilèges ceux de ses ouailles qui consultaient les devins encas de maladie, ou prêtaient quelque attention aux augures 1 . Il est bon, en passant,de signaler ces faits, parce que les écrivains du dix-huitième siècle, représentantl’antiquité comme le prototype de la perfection, ont accusé l’église d’avoir pi' 0 'pagé l’erreur et l’ignorance. C’est malgré le clergé qu’elles se sont maintenues. Po urmieux garder leurs superstitions chéries, les paysans les ont habillées d’une fori» 6chrétienne. « Qu’on n’aille point, disait saint Eloi, aux temples, aux pierres, an*fontaines, aux arbres, aux carrefours, pour y faire brûler des bougies ou y accompl"des vœux. » Les villageois ont éludé cette défense en substituant les saints aux <ü v1 'nités païennes. Les malades ne s’adressent plus a Neptune, à Plu ton, à Minerve, au*Génies, mais ils disent du médecin :

Qui court après le mière

Court après la bière,

et n’ont de confiance que dans la médecine surnaturelle. La Normandie abonde e°fontaines, probablement consacrées autrefois aux dieux mythologiques, actuelleuie 111sous l’invocation des bienheureux, et dont l’eau salutaire a mille fois plus de vertusque celle des sources de Plombières, de Baden-Baden ou de Beulah-Spa.

Le paysan normand invoque saint Hildevert contre les vers, saint Eutrope contr 0l’hydropisie, saint Gerbold contre la dyssenterie, saint Sébastien contre la peste,saint Raven et saint Rasiphe contre les mans ou larves des hannetons, sainte llonoriu®et saintThomas Becket contre la fièvre, saint Siinéon contre les dartres, saint Julien,saint Clair et sainte Claire contre les maux d’yeux, saint Sulpice contre les rhuniU'

* Ante omnia autem H lut t denuntio atque contestor, ut nullas paganorum sacrilegas eonsuetiuU 0 ^observetis, non caraios, non divinos, non sortilèges, non præcantatores ; nec pro alla causa aut dd' 1mitate, eos considéré, vel interrogare præsiunatis: ipiia qui facit hoc nialuin, statim perdit baptism» sacramentum. Similiter et auguria, vel sternutationes nolite observare, nec in itinere positi aliquas avicula scantantes attendatis... Nullus christianus observet qua die doinum exeat, vel qua die revertatur,omnes dies Deus fccit... Præterea quoties aliqua inlimitas supervenerit, non quærantur praœantaW 1 * 9 ’nondivini, non sortilegi, non caragi;nec per fontes aut arbores, vel hivios diaholica phylacteria ( 'V rceantur. Sed qui ægrotat in sola Dei misericordia confidat... Per nullani aliam artem salvari vos creda* 1,nisi per invocationem et crucein Dei.

(Vie de Saint-liloi, par saint Oucn.)