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Province. Tome second.
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LF NORMAND.

« .le r’fais d’tout. — Un instant !... — Je r’fais d’un. — A pique-pique? — N’ 011 ;au choix. — Combien d’dés ? — Quel guignon ! — V’Ià un joli p’tit jeu pour aile''s’promener su’ I’ boulevard. »

Si un Rouennais, jeté sur une île déserte, était exposé a oublier sa langue na-tale, les termes techniques du domino seraient les derniers mots qu’il désappre"(liait. ,

Le public rouennais s’est posé comme le"plus exigeant de France en matière- d ethéâtre : il a sifflé Talma, il a institué le premier une loge infernale, tanière delions rugissants. Les acteurs les plus intrépides tremblent devant un parterre d’au-tant plus turbulent qu’il a constamment regardé les banquettes comme un objet deluxe entièrement superflu. Voyez avec quelles circonlocutions, quel heureux choi'de flatteries, quelles protestations de dévouement, les directeurs du théâtre desArts cherchent à amadouer, dulcifier, mater leurs intraitables abonnés! « Les pertes ,éprouvées par tous les directeurs qui se sont succédé a Rouen n’ont que trop éta-bli combien il est diflicile de réussir dans l’entreprise'théâtrale ; et cependant, jalon'de prouver au public qui m’a toujours honoré de ses suffrages, mon sièle et mondévouement; fort de l’expérience du passé, je n’ai pas hésité a solliciter un privi-lège qui me donnera, je l’espère, de nouveaux droits à sou estime et à sa bienveil-lance. » Ce préambule est suivi de brillantes promesses, et de la nomenclature desartistes engagés, premiers rôles, financiers, Colins, chanteurs â roulades, danseuren tous genres, Trials, Dugazons, coryphées-ténors, troupe d’opéra, de drame, d etragédie, de comédie, d’opéra-comique et de vaudeville. Tant d’efforts sauveront-il sla direction nouvelle? Les débuts en décideront. « Allez-vous à Paris ? — Non, j’? 1mes débuts. — Vous verra-t-on au cours Boyeldieu? — Non,-je veux être la pot' 1 'siffler la-première chanteuse; et si elle est reçue, je donne ma démission. » be scabales s’organisent, les indulgents et les inflexibles sont aux prises ; la tempé ,egrossit d’acte eu acte, et se prolonge après la chute du rideau. Le jeu de chaqi' 1 ’acteur est étudié, commenté, épluché, anatomisé. Si l’aréopage est indécis, l fcommissaire, usant d’un privilège qui lui accorde voix prépondérante, ceint so»écharpe et crie : « L’acteur est reçu ! » Une partie des spectateurs applaudit, les autresprotestent par des sifflets, et le spectacle finit souvent comme une émeute, par troissommations et une charge d’infanterie : Quoique ipse miserrimavidi.

A en juger par cette monomanie théâtrale et les nombreuses statues élevées «'Corneille, on serait tenté de croire que le Rouennais est un personnage littéraire-mais il a trop de préoccupations commerciales pour pénétrer bien avant dans l esrégions du monde intellectuel. Qu’importe que la bibliothèque publique soit ou-verte de onze heures a quatre heures, de six heures à neuf heures et demie le soir-de neuf heures â midi le dimanche, personne ne s’avisera de quitter la Bourse u» (minute plus tôt pour profiter de la sollicitude municipale. Il y a bien à Rouen o |,<?académie, des cours publics, une commission d’antiquités, des sociétés d’émulatio»)d’agriculture, de médecine, d’industrie, des amis des arts, philharmonique ; n ial! ’le mouvement spirituel est restreint â quelques savants qui ont incognito du laU’i’ 1et de l'érudition. Depuis quelques aimées toutefois le négociant rouennais n’osl pl ,|! "