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Province. Tome second.
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L’AUVERGNAT.

cette ignorance a bien aussi son côté pittoresque quelle lecture, en effet, aurait ases yeux l’immense intérêt de ces longs récits de la veillée, de ces merveilleuseslégendes, de ces contes inlarissabl.es, de ces chansons sans nombre qui parlent sivivement à son imagination, a son cœur, et môme à son esprit !... Enfin cette ig n °"rance n’empêche pas non plus qu’il y ait, dans le pays, bon nombre d’idées encirculation : la richesse de l’idiome en fait foi.

Le celtique était, avant l’invasion romaine, la langue nationale de l’Auvergne ;mais les vainqueurs s’établirent si profondément dans la province, que leur civi-lisalion et leur langue s’y nationalisèrent, et l’on trouverait difficilement aujourd’huidans le patois de la montagne des débris de l’idiome primitif. Au contraire, tout enadoptant les formes grammaticales françaises, il a conservé une.foule de mots etmême de phrases entières qui sont d’un, très-pur latin, comme celles-ci : Sla bos;on encore : I, bos, vent, par lesquelles le laboureur arrête ou presse son attelage-

Mais l’observation la plus curieuse qui résulte d’une étude attentive du patoisbas-auvergnat , c’est la prédominance des mots d’origine romane , et qui, par consé-quent, ont avec l’italien actuel (dont le roman est la base principale) des ressem-blances frappantes. Voici un petit nombre de citations, les premières qui me revien-nent en mémoire : Chi sa ce qnoué la verità? Qui sait si c’est la vérité? (Chupronom italien ; sa, racine de sapere; ffuoué, pour queslo é. )— Clie z’a tiii veilla■Qu’as-tu vu? (Vedik pour veduio. ) — Bailla me à mantjia. Donne-moi à mang er -(Mangia , pour mangiare.) — Sarra quéla porta. Terme cette porte. (Sarrare>verbe italien ; quéla, pour quella.) — Faccia te vire. Monlre-toi. ( Faccia , commeen italien .) —Lascïa me dan fouêre. Laisse-moi donc faire. ( Lascia , entièrementitalien . )=~ An’ nous en. Allons-nous-en, (An; racine A’andare.) —Io ne lo z'e pi* 1vediü. Je ne l’ai pins vu. (Io, pronom personnel italien ; lu, article; p'm, égale-ment italien .) — Sè ma una bestià. Tu n’es qu’un sot. ( Si:, pour' sei; ni<*>mais; una bestià, mots italiens ) — Io te z'amo. Je t’aime. (Amo.) — Quett’se, * uvendré le vire. Ce soir, je viendrai te voir. (Quett’se, évidemment pour Qne^ nsera), etc., etc., etc.

Voici maintenant les déductions auxquelles ce fait linguistique m’a involontaire-ment conduit. Ne pourrait-on pas présumer que l’Auvergne , qui, sous les Romains,ne parlait plus que le latin, ayant été envahie, à l’époque du démembrement dél’Empire, par les mêmes peuples qui firent irruption en Italie , dut se trouver, p alrapport aux conséquences philologiques de cette invasion, dans les mêmes condi-tions que ce dernier pays, c’est-a-dire que-le roman dut y naître spontanément, lucorruption du latin ayant amené le même résultat en Italie ?

Il resterait maintenant à expliquer pourquoi ce phénomène ne s’est produit dansla basse Auvergne que parmi les populations de la montagne, et cette explicat' 011ne me paraît pas difficile à donner. Du onzième au douzième siècle, époque à l a 'quelle je suppose que le roman était la langue nationale, on peut admettre (et I e *annales de l’Auvergne le prouveraient au besoin) que, par suite des guerres q'”désolèrent ce pays, guerres intestines, guerres du dehors, un grand nombre-defugitifs allèrent chercher leur salut dans les montagnes, .s’y établirent, et n’eiirenl