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Province. Tome second.
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LE BOURGUIGNON.

Il y a la dedans de l’instinct poétique et une certaine linesse. Les paysans qui fontces chansonnettes ne doivent plus être tout a fait sauvages ni incivilisés

Il est malheureux que ces preuves d’un esprit progressif ne puissent s’appliqueraux habitants de tous les points de cette province. 11 est des hameaux, des bourgs,où le progrès est le plus arriéré, où l’esprit est brut ou crédule, où l’intelligenceest réduite a l’instinct. Il suffit, pour se convaincre de ce contraste, de se rendresur la place d’une de nos villes un jour de marché. Voyez-vous d’un côté le Morvan,la Bresse , tout le pays plat, eu un mot, représenté par des hommes rabougris, mai-gres, pâles, chétifs et souffreteux ; tandis que de l’autre côté l’air vif de la montagnenous envoie ses hommes a la face pleine, à la carnation fraîche, a la taille forte, à lasanté robuste. Pour peu qu’on mette un brin de lavatérisme dans son examen, onverra que, le moral se jugeant assez volontiers d’après le physique, il doit y avoirune immense distance entre ces individus, qu’on prendrait pour des descendants dedeux races différentes... et on ne se trompera pas. Le montagnard est spirituel etfin ; l’habitant du pays plat est lourd et... plat comme son pays.

On trouve chez ces derniers la crédulité poussée jusqu’à l’idiotisme. Certainescoutumes superstitieuses sont observées par eux avec un fanatisme digne d’autrescroyances. Chez les premiers, au contraire, l’observation de ces coutumes est beau-coup moins fanatique. Elles dégénèrent souvent à l’état de choses indifférentes outrès-supportables; souvent elles deviennent des traditions extrêmement gracieuses.Le premier de mars, pour en citer une, usage répandu presque généralement parmiles jeunes Bourguignonnes, peut fournir le sujet des plus jolies légendes. Voici ceque c’est : le dernier jour de février, a la dernière heure, au moment où mars estla, prêt a commencer son règne de trente et un jours en supplantant son boiteuxprédécesseur, quand minuit est près de sonner, pour parler sans périphrase, lesjeunes filles ouvrent leur fenêtre, et, personnifiant ce mois dans lequel elles entrent,elles s’adressent à lui pour qu’il leur fasse voir, dans le rêve de la nuit, l’image dumari qu’elles désirent. La formule qu’elles prononcent est originale et naïve :

« Bonjour, mars, disent-elles, monlre-moi dans mon dormant celui que j’aurai

' A propos (le patois, et si je ne craignais d'encourir le reproche d'enragé philologue, je m'amuserais àvous citer quelques mots que les amateurs diiarmouic imitative ne manqueraient pas de classer parmi leursplus rares curiosités. Je me contenterai de deux pour cette fois, deux qui pourront vous donner une idéede ce qu’on trouverait si l’on avait le temps et l'espace; I/uu est le verbe gicler , qui exprime le jaillisse-ment spontané et rapide d’une chose sortant d’un lieu quelconque. On dit de l'eau d’un jet qu'elle gi-cle, etc. Le mot est énergique, et on pourrait justifier de sa légitimité en citant son père lati njaculare,avec lequel on ne peut guère nier qu’il ait une singulière ressemblance. L’autre est le verbe pataltr,pour exprimer le plus rapide galop d’un cheval. Quand, avec leurs articles en o et leurs terminaisonsd'imparfaits en ot, les Verdunois disent, en parlant d’un cheval qui fait feu encourant: Ah ! o patalol !o patalol ! je vois involontairement le coursier qui galope, je l'entends frapper ses quatre pieds sur le sol,et je me rappelle le <juadrvpcdanie. putrem sonituqualit unguia campum de Virgile .

Les Morvandeaux, dont le juron favori est iTounar! ah! lounar! ont, dans leur langage tout particulier,quelques mots qui ne sont pas dépourvus de pittoresque. Ce langage, véritable salmigondis de celtique, delatin et de... morvandeau, affecte parfois les mignardises de l’italien . Au milieu d’un mot, notre l suivid’une voyelle se change en?. Ainsi les habitants disent fieur, bid, bianc, piante, pour lleur, blé, blanc,plante. Mais ces adoucissements de prononciation sont rares, et font l'effet d’un gland de velours perdudans un cent de clous. La plupart des mots de ce patois sont corrompus et défigurés.