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Province. Tome second.
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dans mon vivant. » Si elles voient un homme, elles se marieront avec lui dans l’an-née; si elles voient des objets tristes, tels qu’un tombeau, un enterrement, ellesmourront. Une ou deux fois le hasard a voulu que le rêve d’une de ces jeunes amou-reuses se réalisât; jugez quelle force a dû en acquérir la croyance! Elle a coursnon-seulement dans les villages, mais bon nombre des jolies citadines qui aurontl’air de rire en lisant cet article, sauront mieux que moi si mars n’a jamais été leuroracle.

L’époque du jour de l’an est aussi, pour certaines imaginations villageoises, lesujet de longues appréhensions et de vives anxiétés. On s’inquiète beaucoup de lapremière personne qui viendra vous souhaiter ta bonne année. La jeune fdle quiattend ses étrennes se gardera bien de se laisser embrasser, de laisser même ache-ver le souhait, et de rien recevoir, si les dons, les souhaits et les baisers ne sontpas offerts par un jeune homme, ou au moins un homme. Cette salutation de bonan, faite par une femme, tourmente son esprit et la rend malheureuse; elle y voitmille choses fâcheuses pour elle : ses plans d’amour, ses projets de mariage man-queront, tourneront mal... Il est bien rare que, pour peu que la jeune fille soitsensible et tienne a son amoureux, cette circonstance n’amène une larme de dépitau bord de ses jolis yeux rouges et attristés. Pauvre petite ! comme elle maudit lavisiteuse inopportune ! comme elle a le cœur gros ! et que ses autres étrennes vontlui sembler laides et lui être indifférentes! Quelques jeunes gens se laissent alleraussi parfois a cotte crainte crédule. Il est inutile de dire que ce qu’ils attendent,eux, c’est une visiteuse, et que le visiteur malencontreux leur occasionne la mêmecontrariété, leur fait éprouver la même peine qu’à la jeune fdle la visite de l’amietrop matinale.

Au pied du Mont-Bru (Mons Druidarum), aux environs d’Aulun, se trouve unefontaine. Une vieille croyance du pa js donne à ses eaux une vertu curative, maisparticulièrement pour les enfants. Quand les mères des lieux avoisinants ont leurschers miçfnons malades, elles vont à la fontaine, en portant avec elles les langes dela petite créature souffrante, et, arrivées, les plongent dans l’eau miraculeuse : si leslanges vont au fond, la mère s’en revient avec le désespoir dans l’âme : son enfantmourra ; si au contraire l’air les a boursouflés et soutenus, qu’ils aient surnagé, lamère retourne joyeuse embrasser son chéri : il obtiendra guérison.

On pourrait citer comme cela un nombre infini de ces coutumes.

Quelques autres, moins mystiques et moins superstitieuses, et qui tiennent tout;simplement aux mœurs, sont répandues aussi parmi le peuple, qui y tient, et lesgardera probablement encore longtemps. Quand deux jeunes gens se sont mariés,le lendemain de leur mariage, le matin, on leur porte la trempée. La trempée con-siste en une tasse de vin rouge, chaud et sucré, dans lequel trempe une laichc outartine de pain grillé. Les nouveaux mariés sont obligés de boire au même vase et demordre au même pain, ce qui pour eux est un emblème d’union et de bonne intelli-gence. Dans d’autres endroits, on les fait mordre à la miche. Au lieu de trempée, onleur porte un pain rond et frais (tendre), auquel les deux époux mordent l’unaprès l’autre. Celle coutume a pour eux le même symbole que la précédente. — Le