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LE BOURGUIGNON.
(Iront en aide a cette prière. Il faut rendre justice aux commis, qui imitent moinssouvent cet exemple, et seulement quand ils ont élé poussés à bout par un ou plu-sieurs refus précédents. On ne saurait croire combien ces rixes enveniment les unscontre les autres les jeunes gens d’une ville, qu’on a vus parfois, et pour cette cause,se battre la nuit et par petites batailles rangées... Un peu de jugement, de raison etde tolérance ferait cependant disparaître tout cela ! Ces querelles ont lieu aussi dansd’autres endroits que la Bourgogne ; mais comme dans cette contrée elles sont main-tenues avec un acharnement qui fait peine, je n’ai pas cru devoir laisser échapperl’occasion de faire voir combien de telles coutumes sont déplorables. Je crois néan-moins tenir de bonne source que des fusions cherchent a s’opérer, et il est il es-pérer que dans peu toutes ces haines d’aigreur et de rivalité auront cessé ! N’est-ilpas bien fâcheux, en effet, de voir la jeunesse d’une province hospitalière diviséeentre elle, et s’interdire réciproquement des plaisirs qu’elle s’empresserait d’offrira des étrangers? Car, croyez-le bien, ces divisions n’influent en rien sur leur carac-tère hospitalier, et ne doivent en rien diminuer la bonne opinion qu’on s’est faited’eux à ce sujet. Leur moteur dans ces querelles est tout simplement l’amour-pro-pre : les commis prétendent que quelques ouvriers n’ont pas assez bonne tournurepour venir faire danser leurs invitées, et les ouvriers trouvent qu’en admettant cesrivaux à leurs bals, c’est se faire enlever à plaisir des maîtresses qui préfèrent,disent-ils, l’allure mignarde des farauds à leurs manières brusques et gaillardes.Mais ces choses sont beaucoup moins fortes en réalité que dans l’imagination deschampions des deux camps... Quel est donc l’ouvrier qui ne peut aspirera devenirun commis, ou à le valoir? Quel est donc le commis si lovelace, qu’il attire â luitoutes les jeunes filles?... Quelques années d’éducation, et un niveau aura passé parl'a-dessus !
Voilà à peu près quels sont les costumes, les idiomes et les mœurs des Bourgui-gnons de notre époque. Je n’ai pu m’arrêter à vous décrire les modifications surve-nues dans ces choses depuis l’origine de la nation jusqu’à nous. Je ne vous ai pasfait voiries Bourguignons du Rhin , rudes, sauvages et couverts en entier de peauxd’animaux. Je vous ai passé sous silence le temps où les seigneurs, étant l’hiverà la chasse, avaient le droit de faire éventrer deux de leurs serfs pour se réchaufferles pieds dans leurs entrailles fumantes 1 ; où un sieur d’Inteville, par exemple,évêque d’Auxerre , fut mis à l’amende (remarquez bien, mis à l’amende) pour avoirfait crucifier un de ses gardes qui avait vendu un oiseau de sa fauconnerie ; où lesédits des conciles défendaient aux femmes de chanter des chansons obscènes dansles églises, etc., etc. Si vous me demandez pourquoi je ne vous ai pas dit cela plustôt, je vous répondrai que, me plaisant à croire mes compatriotes d’aujourd’huiplus faciles à vivre... et surtout a laisser vivre les autres, je me taisais pour ne pasjeter un vernis de défaveur sur leur histoire. Cette raison en vaudra peut-être unemeilleure.
1 Dans la discussion du 4 août 178!), un orateur mentionna cet abominalde droit : il y eut dans toutel'assemblée un mouvement d’horreur.