LE BOURGUIGNON.
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être m’objecter qu’il ne dure pas aussi longtemps que plusieurs autres ; mais, jevous le demande, est-ce une vie plus ou moins longue qui constitue les qualitésd’un individu? Non, il est ce qu’il est. Il meurt jeune, c’est un malheur... etun petit, caria vigne fait du vin tous les ans, et tous les ans, a quelque différenceprès, elle le donne aussi bon et aussi recherché. Quel est celui de vos vins quin’a pas besoin de mélanges? qui ne s’altère pas? 11e se modifie pas? à qui les mé-langes même sont nuisibles ? Il 11’y a que ce qui est bien bon qui est tout entierbon par soi-même; et, vous le savez, le vin de Bourgogne n’a besoin d’être mêléà aucun autre 1 !
Aussi l’habitant esl-il lier du produit de sa province. Il en parle en connaisseur(à nul autre le droit d’être plus lin gourmet que lui ), et toujours avec chaleur etavec amour. Le moment le plus important de l’année, pour la plupart des proprié-taires de ce pays, est celui de la vendange. Sur toutes les routes, sur tous les che-mins, on ne voit plus passer que les cercles, les tonneaux, les futailles que l’onvend à toutes les foires, et qui se rendent dans les pressoirs des fermes, où lesvignerons affairés les attendent. Le propriétaire se met a la recherche de ses ven-dangeurs, qu’il fait venir par groupes nombreux, qu’il installe dans ses vignes, qu’ilnourrit et héberge a force de petits verres, de bouteilles de vin, de pots de soupe,de lard et de légumes (ceci pour le manger), et de bottes de paille pour le cou-cher. Alors, huit ou quinze jours se passent dans le coup de feu de la récolte,après quoi hôteliers, négociants, bourgeois, détaillants, se croisent chez le vigne-ron et le propriétaire, marchandent, achètent et encavcnt les vins de l’année. Lejour où le détaillant fait son emplette est marqué par une circonstance curieuse.Pour donner de la publicité à son commerce, il emploie un crienr. Le crieur devin est un homme (dans quelques villes même c’est un enfant) qui, pendant lemoment de la mise en vente du vin nouveau, ne fait presque uniquement quecrier le prix du litre. Il s’arrête à tous les coins de rue, sur toutes les places, àtous les angles de maison ; c’est une affiche vivante et locomolive. Il tient d’une mainune bouteille du vin qu’il crie, et de l’autre un verre. Il se consolide sur ses jam-bes, et, préludant a son débit oratoire, il nettoie son organe par une toux rauque,et commence d’une voix stridente : Il esl vineux! il esl joyeux! avis à tous lesbons buveurs... La, un superbe point d’orgue. Puis, redoublantde force, il continue...de vin! Dans la cave de madame Bertrand ! au commencement de la rue de l’Obé-lisque ! bon vin rouge et blanc ù A sous le litre ! Il esl né natif de Givry ! toutà fait au-dessus de la montagne, là où y a des pierres à fusil, ousque le soleildonne! Puis, d’un Ion pénétré : Ali! mes amis! la jolie boitte 2 au vin! Il se verse
1 En citant le vin île Bourgogne comme le vin par excellence, je sais parfaitement que le Constance, leMadère, le Malaga, le Tokai, pourraient avoir le droit de réclamer ; mais il doit être bien entendu ici, que,dans nu article pour les Français , je n'ni pu vouloir parler des vins etrangers.
2 Boitte pour boisson. C'est comme s'il disait |>ar une complaisante amplitication : Ah ! ta bonne bois-son au vin !