sauvages. bonehamps excellait dans cette manœuvre terrible. Les canons étaient prislout d’abord en se couchant a plat ventre, et les plus forts sautaient sur la piècepour l'empêclier, disaient-ils, de faire du mal.
La déroute était effroyable pour les républicains qui, engagés dans les bois sans sa-voir les chemins, tombaient tôt ou tard dans les mains des paysans. Le Vendéen défait,au contraire, sautait une haie, prenait un sentier et rentrait chez lui en répétantgaiement le beau mot : Vive le roi quand même/
Ou voyait ainsi dans les marches cette multitude couronner les hauteurs, défilantsur deux rangs, la tête nue, l’œil baissé, le fusil en bandoulière,^le chapelet h lamain. Le canon tonnant dans la plaine couvrait sans l’interrompre le murmure despsaumes. Les femmes venaient se mettre à genoux le long des chemins sur le passagede l’armée. Tout à coup un frémissement court les rangs, les tètes se couvrent, onlaisse le chapelet, on saisit le fusil, et tous s’élancent dans la mêlée aux cris de : Vivele roi ! tue les républicains ! Les prêtres, les enfants priaient pendant le combat,dans les champs ou l’église la plus proche, et venaient féliciter les soldats après lavictoire. On les trouvait ensuite pêle-mêle dans les villes prises, sans désordre, sanspillage, louant Dieu au pied des calvaires. En vérité, ne semble-t-il pas que l’en-Ihousiasme des croisades s’était rallumé, après tant de siècles, pour la même cause,et que le bruit du canon avait réveillé les barons bretons dans leur tombe; ne dirait-on pas que le sang des Couci et des Godefroi avait passé sans tache ni mélange dansles veines de Lescure et de Larochejaquelein : Lescure, le chevalier très-chrétien; La-rochejaquelein, qui offrait à ses prisonniers de recommencer le combat corps à corps I
Cependant la Convention ébréchait le tranchant de sa hache sur ces forêts robustesde la Vendée ; ses meilleurs généraux, ses meilleurs bataillons venaient se briser surles phalaugcs royales. Elle s’efforçait de garder le silence, mais des cris de détresseéclataient parfois à la tribune. Elle assemble quarante mille hommes qui arriventen cinq jours de Paris à Saumur par des voitures et des bateaux; l’armée royale seréunit le 2 juin. Les hussards républicains se montrent il Vihiers, Stofflet part et lestaille en pièces; le général Ligonier s’avance, on le rejette en arrière; il se re-tranche à Doué, Doué est emporté ; le général Salomon arrive à Montreuil avec sixmille hommes, Salomon est battu; Menou veut protéger Saumur , on lui marchesur le corps, et l’on court aux cris de Vive le roi! sur Saumur qu’on entame partrois attaques. Larochejaquelein jette son chapeau dans un retranchement en criant :« Qui va le chercher? o II emporte le poste et entre le premier au galop dans la ville,comme il Thouars, comme à Fontenay; deux autres assauts réussissent, Saumur estpris, liestait le château qui tirait toujours ; le château capitula. La parole suffit à peinepour peindre des succès si rapides, et l’on se sent comme entraîné sur les pas de cesbouillants capitaines.
Saumur livra à l’armée le passage de la Loire , quatre-vingts canons, vingt millefusils et cinquante milliers de poudre. On avait fait onze mille prisonniers en cinqjours; on les renvoya tondus. Le lendemain on trouva Larochejaquelein rêvant dansune église encombrée d’armes, de munitions, de dépouilles laissées par les bleus; unofficiel lui demande à quoi il songeait. « ,1e pense, reprit-il en relevant sa belle tête