Band 
Province. Tome second.
Seite
383
JPEG-Download
 

Lli 1“ l) I I' li V I N.

585

blonde, a la merveilleuse marche de nos succès. » Ce jeune héros, h peine âgé devingt ans. semblait effrayé de tant de gloire; car c’est le lieu de le remarquer, cefut là véritablement la guerre des jeunes généraux. A Saumur , l’armée se nommaun généralissime, et l’on désigna à l'unanimité Calhelineau, l’homme droit et fortqui avait commencé la guerre. On a beaucoup parlé des élévations subites de larévolution ; mais je ne sais s’il n’était pas réservé à celte guerre étrange de la Ven-dée , de donner l’exemple, peut-être unique dans l’histoire, d’un voiturier élevé encinq mois à la tête d’une armée de soixante-quinze mille hommes, formidable etvictorieuse, non point par l’aveuglement d’une faction, mais du consentement demilitaires du premier mérite, et parce que chez cet humble paysan s’était révélé tout,à coup le génie d’un grand homme de guerre. Les cruautés avaient tellement exas-péré le peuple, qu’on cite jusqu’à des femmes et des enfants morts sur le champ debataille. Le chevalier de Mondyon, qui s’était échappé de Paris pour servir dansl’armée du roi, et M. de Langerie, qui eut un cheval tué sous lui à sa premièreaffaire, n’avaient pas treize ans. Plusieurs dames de qualité faisaient la guerre enamazones. Il y eut une paysanne, nommée Jeanne, qui combattit jusqu’à la mortsous des habits d’homme. Ce nom de Jeanne a porté bonheur aux vaillantes femmesde France .

Après cette victoire de Saumur , si étonnante, qu’on crut que M. de Larochejaqueleins’était caché d’abord dans la ville, l’armée se grossit d’un corps de Suisses , et l’onrésolut de marcher sur Angers . L’épouvante précède l'armée, et l’étendard royalHotte sur la capitale de l’Anjou : la république tremblait. Certes, c’est grand’pilié deconsidérer quelle était alors l’espérance des Vendéens et la mesure de leurs pré-tentions; ils voulaient, en supposant le roi rétabli, J" que ce nom de Vendée , siglorieusement acquis, fût conservé à toute la province du Bocage ; 2° que le roihonorât une fois de sa présence ces humbles campagnes; 5° ils le priaient de per-mettre, qu’en mémoire de la guerre, le drapeau blanc flottât sur le clocher de chaqueparoisse, et qu’un corps de Vendéens fût admis dans sa garde. Henri, qui devaits’immortaliser à la tête de l’armée par tant de batailles, disait naïvement : « Sinous rétablissons le roi, il m'accordera bien un régiment de hussards. »

Sur ces entrefaites, M. de Lescure se concerte avec Charette qui arrive avec vingt-cinq mille hommes, et trois armées combinées marchent sur Nantes . Le généralGanclaux et les habitanls organisent une défense héroïque et sage. Charette attaquele pont Rousseau, et, d’un premier choc, emporte un faubourg; le faubourg est re-pris à la baïonnette; les Vendéens serrent la ville par les jardins jusqu’au pied desremparts; on se battit tout le jour; Calhelineau s’indigne, rallie en masse les vieillesdivisions de Saint-Florent et les Suisses , se jette à corps perdu sur une batterie ;enfonce le 109 e régiment et le poursuit de rue en rue, jusqu’à la place de Viarmes :Nantes frémit ; mais tout à coup des Vendéens reviennent portant un cadavre; uncri lugubre passe de rang en rang: Calhelineau esl mort! Le feu s’amortit, les cou-rages tombent, la nuit arrive, la ville est sauvée.

Le colonel Westermann choisit ce moment pour envahir cette Vendée , qu’il sevantait de détruire avec une seule légion. Il arrache un ordre au général Biron,