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HISTOIRE DE DIX ANS.
fut l'origine de ce ministère Mortemart, qui devait êtresi vite emporté par la tempête.
Pendant que Charles X ne songeait qu'à répandre au-tour de lui sa sécurité fatale, un projet hardi se tramaitpresque sous ses yeux, dans l’appartement de M m * deGontaut. Convaincu de l’impuissance du vieux monarqueà défendre sa dynastie, le général Vincent avait résolu desauver la royauté sans le roi, à l'insu du roi, et, s'il lefallait, malgré le roi. Il se rendit auprès de M me de Gontautet lui exposa que, dans l'état des choses, le sort de lamonarchie dépendait d'une résolution héroïque. Il lui pro-posait donc de conduire à Paris la duchesse de Berri etson fils. On aurait fait une pointe sur Neuilly , on se seraitemparé du duc d’Orléans , qu'on aurait engagé de viveforce dans les hasards de l’entreprise, puis on serait entrédans Paris par les faubourgs, et la duchesse de Berri,montrant au peuple l’enfant royal, l'aurait confié à lagénérosité des combattants. M"* de Gontaut approuva ceprojet. Malgré ce qu'il avait d’aventureux, ou plutôt, àcause de cela même, il séduisait l'imagination mobile dela duchesse de Berri : tout fut convenu pour l’exécution.Mais l'infidélité d'un confident mit Charles X sur la tracedu complot, et il échoua.
Cependant l’insurrection embrasait tous les quartiersde la ville, et partout le peuple avait l’avantage. Un ba-taillon suisse couvrait le quai de l'École. Le duc de lta-guse qui, comme nous l'avons dit, avait reçu ordre deconcentrer ses troupes autour des Tuileries , envoya direau lieutenant-colonel, M. de Maillardoz, de se rendre sur-le-champ au marché des Innocents, et d’en ramener legénéral Quinsonnas, qui y était cerné de toutes parts.