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Tome premier.
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HISTOIRE DE DIX ANS.

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« Messieurs, disait-il. Notre rôle ici est celui de média-« leurs, et nous navons même plus la qualité de dépu-« tés. Nous conspirons comme conspire le peuple, et« avec lui », répondait M. Mauguin d'une voix émue, etM. Lallitte rappelait cette menace qu'il avait faite au ducde Raguse : « Si les ordonnances ne sont pas retirées, je« me jette corps et biens dans le mouvement. » La salleétait au rez-de-chaussée, le peuple entendait tout par lesfenêtres, que M. Audrv de Puyraveau avait fait ouvrir.Ce ne fut bientôt contre le général Sébastiani qu'un cridécoléré. Plusieurs combattants sétaient élancés dans lacour : ils venaient dire combien la lutte avait été meur-trière. Alors, pénétrés de douleur, MM. deLafayette, Laf-fitte, Audry de Puyraveau, de Laborde, sécrièrent tousqu'il fallait diriger les efforts du peuple, sassocier à sespérils, adopter son étendard. M. Guizot restait silencieuxet immobile. M. Méc-hin laissait percer dans l'expressionde son visage son mécontentement et son embarras.Quant à M. Sébastiani, il neut pas plutôt entendu par-ler du drapeau tricolore, que, se levant avec les signesûe la plus violente anxiété, il déclara que, pour soncompte, il ne pouvait prendre part à de semblables dis-cussions, et qu'il ny avait de drapeau national que ledrapeau blanc. Puis, sadressant à M. Méchin : « Venez-« vous ? lui dit-il. » Et ils sortirent. « C'est assez de lant« de paroles vaines, dit M. Audry de Puyraveau, il est« temps d'agir. Montrons-nous au peuple, et en armes.»De son côté, M. de Lafayette demandait quon lui assi-gnât un poste, ajoutant quil était résolu à sy rendre àl'instant même. On se sépara encore une fois sans rienconclure, et en se donnant rendez-vous chez M. Laffitte