CHAPITRE IV.
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pour six heures du matin. Mais cette séance pouvait servirà apprécier plus tard certains hommes qu'on vit parmi lestriomphateurs.
Lafayette fut accueilli, en sortant, par quelques vivesacclamations. L'âge avait affaibli son corps sans glacerson cœur. Ivre d'ailleurs de popularité, il était prêt ausacrifice de sa vie. Mais son ardeur était continuellementcombattue et attiédie par les personnes de son entourage.Dans cette nuit du 28 au 29, il chemina quelques temps àpied, appuyé sur le bras de M. Carbonel et suivi de M. deLasteyrie et d’un domestique. Il ouvrait déjà l’oreille auxcris qui, le lendemain, salueraient sans doute son pas-sage, et respirait avec exaltation ces parfums de révolterépandus dans la ville. Arrivé à sa voiture, il allait y mon-ter, lorsqu’un citoyen se présente : « Général, je vais à« la cour des Fontaines, où m’attendent quelques insur-« gés. Je leur parlerai en votre nom; je leur dirai que la« garde nationale est sous vos ordres. — Y pensez-vous,« Monsieur, s’écrie aussitôt M. Carbonel? vous voulez« donc faire fusiller le général? » Voilà quelles influencespoursuivaient Lafayette au sein d’une crise où il lui étaitcommandé de jouer sa tête. Aussi bien, quelle que soit lapuissance des noms connus, elle ne suflit pas toujours ; etcertes, parmi les combattants de juillet, il y en avait plusd’un capable de comprendre que les agitations populairespermettent tout à l'audace des hommes nouveaux. En ef-fet, tandis que, sur un point de Paris, les plus chaudsamis de Lafayette craignaient de voir compromettre cegrand nom, voici la scène caractéristique qui se passaitsur un autre point. A la même heure, deux citoyens,MM. Higonnet et Degousée, se promenaient sur la place