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HISTOIRE DE DIX AXS.
avaient laissé des traces sanglantes. Arrivés sur la place de('.rêve, où gisaient encore quelques cadavres, ils furentfrappés du calme lugubre qui y régnait. Ils convinrentalors de se partager les divers quartiers de Paris et d’allerpartout répandre la fausse nouvelle qu’un rassemblementimmense s’était formé devant llIôtel-de-YiUe, et qu’ondevait partir de là pour marcher sur le Louvre.
Déjà les ouvriers des faubourgs se préparaient à recom-mencer la lutte, mais des préoccupations d’un autre genretourmentaient une certaine portion de la bourgeoisie.M. llaude, suivi d’une bande nombreuse avec laquelle ilavait visité plusieurs casernes et interrogé la fidélité dusoldat, trouva sur la place Royale une compagnie de gardesnationaux rangés en bataille. 11 les harangua vivement,leur apprit que les troupes se laissaient partout désarmer,et voulut les entraîner sur ses pas à l'Hùtel-de-’Ville . Ilss’y refusèrent obstinément : ils ne s'étaient ai més, disaient-ils, que pour sauver leurs maisons du pillage.
Pendant ce temps un citoyen, nommé Galle, perçait laligne de factionnaires établie sur la place du Carrousel. Ils’avançait guidéjmr un inconnu auquel les soldats ou-vraient passage. Introduit auprès du duc de ltaguse :« Monsieur le maréchal, s’écria-t-il d’une voix trém-ie Liante d'émotion, vos troupes tirent du haut de quel-le ques balcons de la rue Saint-Honoré sur des citoyens« inoiïensifs ; ne pouvez-vous faire cesser de telles atroci-« tés? — Vous m'insultez, Monsieur, en me regardant« comme l’auteur de pareils ordres, répondit le duc de« Raguse. Je viens d’ordonner aux troupes de ne faire feu« que pour se défendre : une proclamation va en instruire« Paris . —Comment! reprit M. Galle, depuis deux jours,