CHAPITRE V.
243
« Monsieur le maréchal, vous faites tirer sur le peuple, eL« l'autorité municipale ne s'est pas encore montrée ! —« C'est vrai, dit le maréchal, en portant la main à son« front avec désespoir, c'est vrai ! » Et appelant son se-crétaire : « Que les maires de Paris soient convoqués d'ici« à une heure. •—D'ici à une heure, Monsieur ! mais qui« sait ce qui arrivera d'ici à une heure? Peut-être n’exis-« terez-vous plus, ni deux cent mille Parisiens , ni le roi.« ni moi qui vous parle ! Ce qu'il faut faire, Monsieur le« maréchal, permettez-moi de vous le dire : partez à lin-« stant, arrêtez ces fusillades que vous entendez d'ici ;« allez à Saint-Cloud dire au roi que nous avons dépavé« nos rues ; que le haut de nos maisons est rempli de« pavés; que cent mille des plus braves soldats ne pren-« ciraient point Paris ; que beaucoup de gens qui entendent« la guerre, moi, tout le premier, vont se mettre à la tête« de la population si des concessions immenses ne sont« pas faites! »
Le duc de Kaguse répondit avec accablement que le roisavait tout, mais qu'il prêterait peut-être l'oreille à unedéputation, pourvu que ce fût une députation de la bour-geoisie 1 .
Le duc de Raguse , au sortir de cet entretien, donnaordre aux maires de se réunir. Quatre d’entre eux se ren-dirent à cet appel. La proclamation dont le maréchal avaitparlé était imprimée. On mit en liberté des prisonniersqu'on chargea de la répandre dans le peuple.
Les troupes royales se trouvaient alors refoulées loindes quartiers populeux, dont les innombrables barricadesélevées dans la nuit leur fermaient irrévocablement l’ac-
1 Déposition de M. Galle dans le procès des ministres, tome II, p. 128.