CHAPITRE V.
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mes, le marché des Innocents. C'était de M. Evariste Du-moulin, rédacteur du Constitutionnel , que cet hommeavait reçu son uniforme, pris chez un fripier; et les épau-lettes qu’il portait lui avaient été données par FacteurBerlet : elles venaient du magasin de l'Opéra-Comique.Quel est ce général, demandait-on de toutes parts? Etquand ceux qui l'entouraient avaient répondu : « c'est le« général Duhourg, » vive le général Dubourg ! criait lepeuple, devant qui ce nom n'avait jamais retenti. Mais tousalors avaient un immense besoin d'ètre commandés.
Le cortège se rendit à l'Hôtel-de-Ville. Le général s'yinstalla. Quelques instants après, le drapeau tricolore avaitcessé de flotter sur 1 1lotel. Un homme entra dans le cabi-net où se trouvait M. Dubourg et où plusieurs jeunes gens,rangés autour d’une table, étaient occupés à écrire. « Cé-« néral, voici le tapissier. De quelle couleur le drapeau?« — 11 nous faut un drapeau noir, et la France gardera« cette couleur jusqu’à ce qu'elle ait reconquis ses li-« ber tés. »
M. Baudeparut à son tour à l'Hôtel-de-Ville pour y jouirdes privilèges de l’audace. Il se fit secrétaire d’un gouver-nement idéal, il répandit des proclamations. Un avocat,M. Franque, reçut ordre de courir chez le premier prési-dent de la cour royale, M. Séguier, de l'arrêter et de leconduire de force à l'Hôtel-de-Ville. On voulait placerl'insurrection sous le patronage apparent des autorités ju-diciaires. Ainsi, les deux hommes qui avaient voulu être lepouvoir pendant quelques heures, furent le pouvoir. Onobéissait.
A peine installé, M. Baude prit quelques mesures d'ur-gence. 11 fit faire par M. de Villeneuve l'inventaire de la