CHAPITRE V.
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il envoya demander une entrevue aux autorités de la ville.Bientôt il vit venir à lui le secrétaire-général et le maire,suivis d’un nombreux détachement de gardes nationaux.Ce groupe paraissait fort animé, et, chose assez remar-quable, le cri qui sortait de toutes les bouches était celui-ci : A la Commune! A la Commune! cri révolutionnaire dela bourgeoisie au 12 e siècle. Le général Vincent qui. dansce même lieu, en 1814, avait été renversé de cheval encombattant les Cosaques, déploya une grande fermeté mê-lée de prudence; et déjà les esprits commençaient à secalmer, lorsqu'une colonne d'hommes du peuple, armésde fusils ou de pistolets, et les bras nus, se précipita surla route. Alors les cris recommencèrent. L’agitation deve-nait terrible ; le général Vincent prit le parti de regagnersa troupe. Mais à peine avait-il rejoint les rangs, (pie lesgendarmes l’abandonnèrent pour se ranger du côté dupeuple, et il dut ramener les gardes-du-eorps sur les hau-teurs de Saint-Cloud .
Sur ces entrefaites, les ministres arrivaient au château.La voiture de M. de Polignac entra dans la cour presqu’enmême temps que celle de M. de Sémonville. La duchessede Berri qui, au bruit des roues sur les dalles, avait ou-vert sa fenêtre, envoya un salut amical à M. de Polignacseulement. Bientôt après, le grand référendaire, qui s’étaitrendu chez le duc de Luxembourg , fut appelé auprès duroi. A la porte de l'appartement, il rencontra M. de Poli-gnac qui lui dit, en portant la main à son cou : « Vous« venez demander ma tète? N'importe. J'ai dit au roi que« vous étiez là : parlez le premier. »
M. de Sémonville croyait trouver le roi dans une grandeagitation ; il fut frappé du calme de sa physionomie et