CHAPITRE X.
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ques centaines de pionniers rendus libres, accourait au-devant du cortège avecun bruit semblable à celui des Ilots,bientôt la tète de la colonne se trouva face-à-face aveccette multitude grondante. Le prince de Croï montait uncheval blanc; des plumes s’agitaient sur son chapeau degénéral, qu’ornait la cocarde royaliste ; un large rubanbleu se détachait sur les broderies de son habit, et sa fi-gure n’était pas sans quelque ressemblance avec celle duroi. C'est Charles X , crièrent des hommes du peupletrompés ; et ils s’élancèrent vers le prince en poussant descris. D'autres entraient en même temps dans la colonne,heurtant les chevaux, et fixant leurs regards avec menacesur le pâle visage des cavaliers. En proie à d’inexpri-mables angoisses, les officiers des gardes ne songeaientqu’à éviter une lutte, et écartaient les assaillants avec uneinquiétude presque suppliante. Charles Xet son filsétaientdescendus de voiture précipitamment, et ils s’avançaientà cheval, enveloppés de soldats fidèles mais émus.
On gagna Cherbourg . Le cri de la révolution retentis-sait dans les rues à de rares intervalles ; mais des dra-peaux tricolores flottaient à presque toutes les fenêtres,et une foule immense, venue des campagnes voisines, seprécipitait vers le port. A l’entrée de la ville, les officiersdu 64' baissèrent leurs épées devant les exilés qui pas-saient. Deux vaisseaux avaient été préparés pour recevoirle roi, sa famille, et les personnes de leur suite. C’étaientle Great-Britain et le Charles-Caroll , sous le commande-ment du capitaine Dumont-Durville. Ces vaisseaux avaientune origine républicaine, ils étaient américains, et ils ap-partenaient à des Bonaparte. Les peuples aiment à remar-quer ces contrastes, qui sont la poésie de l'histoire.