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Tome deuxième.
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CHAPITRE I.

sie, qui, dans un royaume inhospitalier, attendaient déjàles fugitifs. Pas un soldat n'avait été ajouté au poste delàprincipale entrée, et la sentinelle ne présentait pas lesarmes quand passait ce vieillard qui avait été un roi.

En prodiguant ou en laissant prodiguer l'outrage auxcheveux blancs d'un prince coupable, mais infortuné, l'a-ristocratie anglaise avait un double but : elle voulait, d'unepart, se venger des préférences de Charles X pour la Russie -,et, de l'autre, elle espérait attirer à son alliance la France nouvelle qui lui faisait peur.

Tout entière à l'orgueil de son triomphe, et peu initiéeaux mystères de la diplomatie britannique, la bourgeoisiefrançaise ne pénétra point le sens de cette politique artifi-cieuse et profonde ; elle prit pour un hommage désinté-ressé ce qui n'était qu'un calcul dégoïsme et une formehypocrite donnée à des haines immortelles.

Quoi qu'il en soit, les mêmes motifs qui portaient lAn-gleterre à se réjouir jetèrent le deuil à la Cour de Saint-Pétersbourg. La Russie était trop éloignée du centre desidées modernes, et trop durement façonnée à lesclavage,pour que l'empereur Nicolas redoutât beaucoup la conta-gion de lexemple donné par la France . Lesprit de propa-gande ne pouvait guère l'effrayer que relativement à laPologne . Mais la révolution de juillet venait couper court àune alliance qui promettait aux Russes , sur les confins del'Asie et de l'Europe , une position qui les aurait rendussouverains arbitres des destinées du monde. Voilà ce quel'empereur Nicolas ne put voir sans un amer dépit. L'ob-stacle inattendu opposé à sa politique extérieure le tou-chait plus vivement que latteinte portée à l'inviolabilitédes races royales. Il dissimula néanmoins la nature de