CHAPITRE 1.
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leversé maints royaumes, fomenté mille révoltes, violéles traités, ravagé des provinces, incendié des villes, as-servi insolemment les mers, et tout cela pour trouver desconsommateurs aux produits anglais , cette politique n’aboutissait qu’à l’impuissance. Il est certain qu’en pre-nant pour système de substituer son activité à celle detous les peuples, rendus tributaires de son industrie,l’Angleterre n’avait point aperçu qu’elle finirait par lesappauvrir, et serait elle-même ruinée, le jour où elle lesaurait mis dans l'impossibilité de solder leurs échanges.Elle n’avait pas songé non plus que, pour convaincre sonsystème de folie, il suffirait que quelques grandes nationsfussent tentées de l'imiter. Voilà ce qu’ime enquête auraitclairement révélé. Or, les ministres torys, en possessiondu pouvoir, ne voulaient point prononcer contre le géniedelà vieille Angleterre une aussi éclatante condamnation.Et leurs adversaires, profitant de cet embarras pour les accu-ser d’incapacité, se préparaient à les renverser en deman-dant tout à la fois et la réforme électorale et une enquête.
Ainsi déchirée intérieurement, la Grande-Bretagnevoyait, au dehors, son influence paralysée et ses desti-nées compromises. Également menacée par la marchevictorieuse de la Russie vers les Indes et par les acquisi-tions de la France sur les bords de la Méditerranée, ellen'avait guère plus, pour faire face à ces deux dangers,que les artifices, bien connus, de sa diplomatie. Car lepeuple, écrasé d'impôts, exigeait deséconomies ;M Humeavait excité de vives sympathies dans les classes pauvresen proposant à la Chambre des communes la réductiondes dépenses consacrées à l’armée et à la marine 1 : l'Ir-
1 Chambre des communes. Séance du 15 février 1830.