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HISTOIRE DE DIX ANS.
des hommes condamnés au dernier supplice, le mouve-ment de la guillotine avait été arrêté sur toute la surfacede la France . Le rigide Dupont (de l’Eure ) s’allligeait decette dérogation à la règle : il ne comprenait pas que laloi pùt rester en interdit. Mais, toutes les fois qu’il étaitquestion de l’échafaud, le roi témoignait une sensibilitéextrême. Les ministres ayant un jour décidé qu'un recoursen grâce serait rejeté (il s’agissait d’un parricide), M. Laf-fitte entendit le fils de Philippe-Égalité s’écrier : « Mon« père est mort sur l’échafaud. » Et en prononçant cesparoles, le roi avait le visage baigné de larmes.
Le système jugé le plus propre à sauver les anciensministres n’ayant rencontré aucune opposition dans leConseil, le roi s’en réjouit comme d'une victoire due àson ascendant personnel, et il espéra tout de la condes-cendance de ses ministres.
L’abolition delà peine de mort avait été proposée dansla séance du 17 août, par M. Victor de Tracv. Dans laséance du 6 octobre, M. Bérenger avait lu sur cette pro-position un rapport qui concluait à l’ajournement. Deuxjours après, la discussion s’ouvrit. Après M. de Tracy,qui demandait que sa proposition fût acceptée, ou, dumoins, examinée sans retard, M. de kératrv se leva ; et,comme il importait d'intéresser au salut des ministresprisonniers la générosité du peuple, encore assez puissantpour être ménagé. « Je l’atteste devant vous, Messieurs,« s’écria impétueusement l'orateur, s'il était possible de« rassembler dans cette enceinte les parents et les amis« des courageuses victimes de juillet, et de leur deman-« der : voulez-vous du sang pour du sang ? Parlez ! Le« jury silencieux agiterait sa tète en signe de refus, et