HISTOIRE DE DIX ANS.
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vagée par la peste, il suffisait de lui ôter le temps de sereconnaître, en poussant droit au Niémen et en soufflantla propagande comme un vaste incendie dans toutes lesprovinces polonaises. Le peuple applaudissait à l’énergiede ces convictions, et, les regards fixés sur la France , ilne demandait qu’à tirer l'épée, sùr de vaincre. L’élan futprodigieux. On fit d'incalculables sacrifices. Les moinesvenaient offrir aux greniers publics une partie de leursrations. Les femmes donnaient au trésor leurs bouclesd'oreilles et leurs bijoux. Les citoyens riches levaient àleurs frais des escadrons. Jamais pareils dangers n’enfan-tèrent pareilles ressources.
Témoin de ce mouvement, Lubecki crut un moment àla possibilité du succès, et voulant savoir ce dont pouvaitêtre capable ce Chlopicki qu'il avait d’abord effrayé, il luiparla de porter la guerre en Lithuanie , si la guerre luisemblait inévitable. Mais, comme tous les esprits étroits,Chlopicki avait fini par prendre pour des inspirations quilui étaient propres toutes les frayeurs qu'on avait su luiinspirer, et il apportait à taxer de folie toute mesure éner-gique l'inexorable violence de son caractère. Irrité del'immense désordre qui éclatait autour de lui et dont lecôté sublime lui échappait, il ne pouvait regarder sans co-lère cette multitude armée qui roulait sous ses fenêtres enchantant des hymnes de guerre et de liberté. Les hom-mages mômes dont on l’entourait, les cris où se mêlait leculte de son nom, lui causaient une impatience brutale.Il ne tarda pas à prendre son parti. Au gouvernementmixte formé dans la nuit du 29 novembre avait succédéun septemvirat dont le prince Czartoryski et le républicainLelewel faisaient partie. Chlopicki ordonne un jour une