CHAPITRE VIII.
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Logiciens rigoureux et interprètes fidèles du principede la souveraineté du peuple, les républicains deman-daient pour tout citoyen le droit de suffrage : ils représen-taient quelle force et quel éclat puiserait dans son originemême une assemblée dont la légitimité résulterait de lavolonté de tout un peuple-, la loi devant être faite pourtous, ils avaient peine à concevoir qu’elle ne fût pas faitepar tous; ils montraient l’autorité législative devenant,si on la concentrait aux mains des riches, une massueavec laquelle ils écraseraient les pauvres, et ils adjuraientla nation de prendre garde à la tyrannie de la loi, plusdangereuse que celle de l'homme, parce qu'elle duredavantage et qu’elle étend son joug sur plus de têtes à lafois. La tyrannie de l'homme, en effet, est capricieusecomme toute passion individuelle ; elle a des momentsd’intermittence, quelquefois de prudents retours. Sa durée,d’ailleurs, se peut mesurer et définir. Où finit Vitellius,Yespasien commence. La tyrannie de la loi, au contraire,emprunte à la solennité de certaines formes sacramentellesun caractère de force, de fixité, qui la rend plus imposante,moins facile à détruire, et fait dépendre sa disparition nond'un accident particulier, mais d’une secousse sociale.
Plaidée vivement par les républicains, la cause du suf-frage universel l'était avec non moins d’ardeur par leslégitimistes. Mais comme les vues étaient différentes, lesmodes d'application proposés n’étaient pas les mêmes.Les légitimistes voulaient l’élection à deux degrés, bienconvaincus qu’elle livrerait le gouvernement de la sociétéaux grandes influences locales, le peuple des campagnesétant soumis à l'ascendant de la fortune par ses besoins,et à celui du clergé par son ignorance.