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HISTOIRE DE DIX ANS.
auquel M. Gisquet avait confié l'inspection des fusils.L’incident était curieux. M. Bascans, quelques jours avantle procès, s’était rendu à Londres ; il s’était présenté àBeckwith comme chargé de faire un armement considé-rable, et avait prié le fabricant de lui faire connaître sesprix par une lettre qui put être communiquée aux per-sonnes intéressées dans l’entreprise. C’était cette lettreque M. Bascans mettait sous les yeux du tribunal, et on ylisait : « Un fusil avec sa baïonnette, et de la même qua-« lité sous tous les rapports que les fusils fournis à« M. Gisquet par le gouvernement britannique, vous eoù-« tera 26 fr. 50 c. ’. » On ne tint nul compte de cettelettre, quelque significative qu’elle fût. En soutenant lathéorie des attaques personnelles , M. Armand Marrast avait attribué à la presse un droit d'investigation qui de-vait effrayer, à une époque de décadence. Il fut condamnéà trois mille francs d’amende et à six mois d’emprisonne-ment. Mais l’opinion publique, sans accuser les juges departialité, parut peu disposée à confirmer le jugement, etles mots fusils-Gisquet demeurèrent dans l'inexorablegrammaire de la polémique comme une expression flétris-sante.
Bans, ce procès, des questions importantes venaientd'être posées, et résolues en sens divers. Il en était une,cependant, sur laquelle nulle opposition ne s’était mani-festée. La loi qui, dans les attaques dirigées contre uncitoyen non fonctionnaire, interdit la preuve judiciairedes faits allégués, cette loi avait été citée et n’avait pasété combattue. L’esprit dusiècle était là tout entier. Sansdoute, ce seraient des mœurs odieuses que celles qui, of-1 Elle était déposée an greffe de la cour royale.