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HISTOIRE DE DIX ANS.
La France souffre, l’Europe menace. Entre les passionsrépublicaines qui grondent au pied de son trône usurpé,et les Puissances qui le veulent pour vassal ou le tiennentpour ennemi, le chef de la maison d’Orléans ne s’appuieque sur l’assentiment d’une bourgeoisie sceptique, jalouseà l’excès de sa prépondérance , bourgeoisie que ne rat-tachent à son roi de hasard, ni le lien sacré des traditions,ni celui des dévoûments héréditaires, et qui nous salueracomme ses maîtres le jour où, devenus vainqueurs, nouslui promettrons le repos, la sécurité, et des garantiescontre toute secousse nouvelle. Pour livrer bataille, lemoment pourrait-il être plus favorable ? Les divers partis,nés de la révolution , se mesurent des yeux et sont prêtsà s’entre-dévorer; les ambitions se précipitent ; les inté-rêts se heurtent l’un l’autre dans une confusion crois-sante ; le commerce, si prospère il y a trois ou quatreans, n’est plus qu’une immense banqueroute ; la faimnous répond du concours des ouvriers ; l’invasion, si elletouche à nos frontières, nous donne la patrie tout à la foisà gouverner et à défendre : qu'attendons-nous ?
D’autres pensaient, au contraire , dans le parti légiti-miste, que sehâter, c’était tout perdre ; qu’il valait mieuxlaisser les embarras se multiplier autour du trône nou-veau, et l’usurpation abuser de ses apparentes victoires,victoires de Pyrrhus par où elle devait inévitablementpérir. Ils représentaient que les gouvernements se font àeux-mêmes leurs destinées, qu’on ne les tue pas, et que,lorsqu’ils méritent de mourir, ils se suicident, que, pourarriver au succès , la voie des luttes parlementaires étaitla plus courte et la plus sûre ; qu’en tirant l’épée, on ris-quait de rallier, par le sentiment d’un danger commun,