CHAPITRE 11.
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Tous les gardes nationaux de Lyon , à cette époque,11'avaient pas le même uniforme. Les uns, c'étaient lesplus riches, s’étaient équipés le lendemain même de larévolution de juillet et portaient l'uniforme de la Restau-ration. Les autres, c’étaient les plus pauvres, c’est-à-diredes chefs d’atelier, portaient l’uniforme tel qu’il avait étédécrit par la dernière loi sur la garde nationale. Cette dif-férence de costume donna lieu, de la part des premiers,à des remarques insultantes. Les seconds répondirent pardes menaces.
Tout semblait donc annoncer une bataille pour le len-demain. Le soir on rencontra dans les rues des visagespréoccupés ou sinistres; on eût dit que la haine était dansl'air que chacun respirait. M. Rouvier-Dumolard voulutse rendre, accompagné des maires, commandants mili-taires et chefs de la garde nationale, chez le lieutenant-général Roguet, pour y concerter les mesures à prendre.Mais, comme on l’a vu, le lieutenant-général n’aimait pasle préfet : il refusa sèchement de le recevoir. Refus la-mentable! Mais dans les sociétés telles que la nôtre, lavie de plusieurs milliers d'hommes peut dépendre de cela.Dans l’assemblée qui se tint à la préfecture, en l'absencedu lieutenant-général, il fut décidé que les cinq portesqui conduisent de Lyon à la Croix-Rousse seraient occu-pées dès la pointe du jour ; qu’un bataillon de la gardenationale de la Croix-Rousse et trois cents hommes de laligne se réuniraient à sept heures du matin sur la placede ce faubourg pour empêcher les rassemblements de seformer; que quatre bataillons de la garde nationale deLyon et un de la Guillotière s’assembleraient à la mêmeheure sur leurs places respectives.