CHAPITRE 11.
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à la république. Quanta l’influence que le changementdepouvoir peut exercersur l’ordre des combinaisons sociales,personne alors ne s’en rendait compte. Pérénon apparte-nait par ses croyances à la cause du principe qui avaitsuccombé en juillet 1830. Rosset était un vieillard à quil’habitude des conspirations avait donné une sorte d’é-nergie fébrile que l’âge n’avait pas eu la puissance d’a-mortir. Garnier n’avait pas de religion politique. Dervieuxet Filhol étaient des esprits effervescents et sans portée.Voilà pourtant dans quelles mains la fortune plaçait lesdestinées de l’insurrection lyonnaise.
Le peuple, pour qui obéir est la plus forte de toutes lesnécessités, le peuple fut frappé de stupéfaction dès qu’il sevit sans maîtres. 11 eut peur de sa propre souveraineté, etne songea plus dès-lors qu’à relever ceux qu’il avait abat-tus, pour leur rendre une autorité dont il ne pouvaitporter le fardeau.
L’adjoint du maire, M. Roisset, étant retourné de bonneheure à l'Hôtel-de-Ville, M. Gautier et le commissairecentral, M. Prat, ne tardèrent pas à s’y rendre. De soncùté,M; Bouvier-Dumolard comprit que le meilleur moyend’arracher aux ouvriers les fruits de leur victoire était deles y employer eux-mèmes. Il envoya chercher Lacombeau milieu de la nuit. Au moment où l’envoyé du préfetarriva, Lacombe était à la tête d’une bande d'hommesarmés et assiégeait le poste de l’arsenal. Il répondit qu’iln’irait à la préfecture qu’après la prise du poste, et il tintparole. M. Dumolard reçut ce chef d'insurgés avec degrands témoignages d’estime et de confiance ; il flatta savanité, et n’eut pas de peine à prendre sur lui l’ascendantque donnent sur une àme façonnée à l’obéissance, l’habi-