CHAPITRE H.
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sans les préventions qu’on avait habilement répanduesparmi elle, par l’intermédiaire même des chefs de l’insur-rection. Rosset, Filhol et Dervieux, échouèrent donc com-plètement dans leurs efforts. Ils se retirèrent la rage dansle cœur, et Dervieux, en quittant l'Hûtel-de-Ville, ditamèrement à la foule : « Malheureux! vous ne voulez pas« nous entendre : vous vous en repentirez; mais il ne« sera plus temps ! » Une journée avait suffi pour fairetomber le peuple vainqueur sous l’ascendant des meneursde la bourgeoisie vaincue.
Jamais, du reste, la ville de Lyon n’avait été mieuxgardée que dans cette étonnante journée du 23 novembre.La première pensée des ouvriers, maîtres de la ville, futde se distribuer dans les quartiers les plus opulents poury maintenir l’ordre et y faire respecter les propriétés. Onvit des hommes en guenilles veiller, l’arme au bras et avecune activité inquiète, aux portes de l’hôtel de la Monnaieet de la recette générale; on vit de pauvres ouvriers fairesentinelle autour des maisons d’où les fabricants étaientsortis pour les charger. Par un raffinement de générositéfort remarquable, les vainqueurs entourèrent d'une pro-tection spéciale les riches hôtels de ceux des fabricantsqui s’étaient montrés les plus impitoyables. On allumacependant un grand brasier devant le café de la Perle etdevant la maison Oriol, d’où les fabricants avaient tirésur le quartier des Rroteaux pendant toute la journée du22. Les meubles et les marchandises que ces maisons ren-fermaient furent précipités dans les flammes. Là se bor-nèrent les vengeances populaires. Mais rien ne fut dérobé,et le peuple fusilla sur place deux hommes qui s’enfuyaientavec des paquets sous le bras. Ceux des ouvriers qui ne