78
HISTOIRE SE DIX ANS.
cette cité qu'il avait conservée à l’autorité royale, chassécomme un malfaiteur, le corps souffrant, l’àme ulcérée,dans une saison rigoureuse, et, ainsi qu’il l'a écrit lui-mème, laissant dans l’abandon une famille consternée,composée de trois générations de femmes, dont une mèrede 8-2 ans et des enfants en bas âge. 11 avait pris part à lafixation du tarif!
La nouvelle de l'insurrection lyonnaise n’avait pastardé à se répandre dans toute la France , qu’elle remplitde tristesse et d’anxiété. Ce n’était, en effet, ni au nomd’Henri V ou de Napoléon U, ni pour le compte de laRépublique, que les ouvriers de Lyon s’étaient soulevés.L’insurrection, cette fois, avait un caractère et une por-tée bien autrement formidables. Car c’était la démonstra-tion sanglante des vices économiques du régime industrielinauguré en 1789; c’était la révélation de tout ce querenferme de lâche et d’hypocrite cette prétendue libertédes transactions qui laisse le pauvre à la merci du riche,et promet une victoire aisée à la cupidité qui sait attendresur la faim qui n’attend pas. Vivre en travaillant ou mou-rir en combattant! Jamais plus déchirante et plus terribledevise n'avait été écrite sur un étendard, à la veille d’uncombat; elle montrait dans l’insurrection des infortunésouvriers de la Croix-Rousse, une véritable guerre servile;et, à la puissance que venaient de déployer ces esclavesdes temps modernes, esclaves auxquels pourtant avaitmanqué un Spartacus, il était facile de deviner quellestempêtes le 19 e siècle portait dans ses flancs.
Eh bien! tel était l’aveuglement, telle était l’ignorancedes hommes placés alors à la tète de la société, qu'ilsfurent rassurés et satisfaits en apprenant que l’insurrection