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HISTOIRE. DE DIX ANS.
Dès ce moment, Paris vécut dans une attente muette etformidable. Nous mesurions d’avance avec angoisse ledernier pas, le pas inévitable que l’épidémie allait fairevers nous. Cependant, il y avait quelque chose de rassu-rant en apparence dans les circonstances atmosphériques.Le ciel était clair; un vent sec soufflait du nord-est avecpersévérance ; le baromètre n’était pas descendu au-des-sous de 28°, et rien n’annonçait une surchage électrique.Mais l’attente ne fut pas longue. Le 26 mars 1832, la fatalemaladie avait atteint dans la rue Mazarine sa premièrevictime. Presqu’aussitôt, elle se déclara dans plusieursquartiers : au faubourg Saint-Antoine, au faubourg Saint-Honoré, au faubourg Saint-Jacques. Le 29 mars, les pas-sants ne s’abordaient plus qu'avec ces mots : le choléra-morbus est à Paris !
Dans les premiers moments, la terreur parut moindreque le danger. La peste venait surprendre les Parisiens aumilieu de la fête de la mi-carême; et l'intrépide gaîté ducaractère français sembla d’abord braver le fléau. Dansles rues, sur les boulevards, les masques circulèrentcomme de coutume. La foule des promeneurs était nom-breuse. On se montrait du doigt, suspendues devant lesmagasins d’estampes, des caricatures dont le choléra-mor-bus avait fourni le sujet. Le soir, les théâtres se remplirentde spectateurs. 11 y eut des jeunes gens qui, par un raffi-nement d’audace, se livrèrent à des excès inaccoutumés.« Puisquenous devons mourir demain, disaient-ils, épui-« sons aujourd’hui les joies de la vie. » La plupart deceux-là passèrent du bal masqué àl'Hôtel-Dieu,et succombèrentle lendemain avant le coucher du soleil.
Du reste, le courage des plus téméraires ne tarda pas à