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HISTOIRE DE DIX ANS.
dance ne devait recevoir les cholériques que long-tempsprès l’apparition du fléau.
Il s'attaqua d’abord aux classes pauvres, et les feuillesde la Cour s’empressèrent de constater les prédilectionsde la peste, en enregistrant les noms et les professions desvictimes, soit pour dissiper les craintes des heureux, soitpour flatter leur orgueil. Toujours est-il que ce furent deshommes en veste ou en haillons qui ouvrirent cette hor-rible marche de Paris vers la mort.
Dans chaque hôpital, on avait affecté exclusivementdeux salles au traitement des cholériques, une pour leshommes, une pour les femmes ; et il avait été décidé qu’aulieu de confier la direction du service à un seul homme,on le distribuerait par portions égales entre tous les mé-decins et tous les chirurgiens de l’établissement. De là unimmense désordre et des spectacles pleins de terreur. Lesservices se croisaient en tous sens dans la même salle; lesmédecins n’étant d’accord ni sur la nature ni sur les causesde la maladie, les mêmes infirmiers avaient à faire exécuterpour des cas identiques des ordres tout-à-fait contraires ;le malade qu’on traitait avec du punch, voyait administrerde la glace au malade gisant sur le grabat voisin ; et nese considérant plus que comme une matière à expériences,il mourait la rage dans le cœur. Il mourait, d’ailleurs,loin des soins et des consolations de l’amitié; car, pouréviter l’encombrement on avait interdit au public l’entréedes hôpitaux; et des soldats, veillant aux portes, repous-saient la foule plaintive des amis et des mères.
Cependant, peu de jours s’étaient écoulés, et déjà lemal était monté jusqu’aux riches. L’épouvante alors devintuniverselle et dépassa même le péril; chacun fut ou se
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