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Tome troisième.
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HISTOIRE DE DIX ANS.

eussent eu le temps dy ramasser ces objets l'indigencesait trouver encore quelques vestiges dutilité. Cétait por-ter atteinte aux moyens dexistence de plus de dix-huitcents personnes, non compris les boueurs, privés de leurbénéfice par une mesurequi laissait les anciens tombereauxsans emploi. Des attroupements nombreux couvrent lesrues et les places. On sempare des tombereaux de formenouvelle, on les lance à la rivière ou on les brûle. Lesagents de la force publique accourent : des luttes sen-gagent. Mais voilà que tout-à-coup un bruit sinistre serépand parmi ce peuple en émoi. On raconte quun com-plot infernal a été formé ; que le choléra nest point àParis ; que des scélérats sen vont partout jetant du poisondans les aliments, dans le vin, dans leau des fontaines. Lepeuple ouvre loreille à ces discours, charmé, dans lexcèsde ses maux, de trouver devant lui, au lieu dun fléau quiéchappe à toute vengeance, des ennemis vivants et saisis-sables. Puis, au milieu des groupes que la passion aveugle,se glissent ceux qui ont coutume de pousser au désordreparce quils sy plaisent, et ceux qui lexcitent pour enprofiter. L'anxiété gagne de proche en proche : il nestbientôt plus question dans Paris que dempoisonnementset d'empoisonneurs.

Cette fable serait peut-être tombée delle-mème, ou dumoins, elle ne serait pas devenue la source de tant das-sassinats, si, dans le but de satisfaire des haines politiquesou pour faire preuve de vigilance, le préfet de police,M. Gisquet, neût publié une circulaire dans laquelle onlisait ces mots dune inconcevable imprudence : « Je su s« informé que, pour accréditer datroces suppositions, des« misérables ont conçu le projet de parcourir les caba-