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HISTOIRE DE DIX ANS.
eussent eu le temps d’y ramasser ces objets où l'indigencesait trouver encore quelques vestiges d’utilité. C’était por-ter atteinte aux moyens d’existence de plus de dix-huitcents personnes, non compris les boueurs, privés de leurbénéfice par une mesurequi laissait les anciens tombereauxsans emploi. Des attroupements nombreux couvrent lesrues et les places. On s’empare des tombereaux de formenouvelle, on les lance à la rivière ou on les brûle. Lesagents de la force publique accourent : des luttes s’en-gagent. Mais voilà que tout-à-coup un bruit sinistre serépand parmi ce peuple en émoi. On raconte qu’un com-plot infernal a été formé ; que le choléra n’est point àParis ; que des scélérats s’en vont partout jetant du poisondans les aliments, dans le vin, dans l’eau des fontaines. Lepeuple ouvre l’oreille à ces discours, charmé, dans l’excèsde ses maux, de trouver devant lui, au lieu d’un fléau quiéchappe à toute vengeance, des ennemis vivants et saisis-sables. Puis, au milieu des groupes que la passion aveugle,se glissent ceux qui ont coutume de pousser au désordreparce qu’ils s’y plaisent, et ceux qui l’excitent pour enprofiter. L'anxiété gagne de proche en proche : il n’estbientôt plus question dans Paris que d’empoisonnementset d'empoisonneurs.
Cette fable serait peut-être tombée d’elle-mème, ou dumoins, elle ne serait pas devenue la source de tant d’as-sassinats, si, dans le but de satisfaire des haines politiquesou pour faire preuve de vigilance, le préfet de police,M. Gisquet, n’eût publié une circulaire dans laquelle onlisait ces mots d’une inconcevable imprudence : « Je su s« informé que, pour accréditer d’atroces suppositions, des« misérables ont conçu le projet de parcourir les caba-