Band 
Tome troisième.
Seite
295
JPEG-Download
 

CHAPITRE VII.

295

les troupes ne purent-elles que traverser à la hâte les bar-ricades, où leurpassage laissa pour toutvestige unelonguetraînée de sang. Bientôt après, avertis que, dans la courde la maison par eux occupée, il y avait une boutiqued’armurier, les républicains s’en firent ouvrir l'entrée.Cette boutique contenait une cinquantaine de fusils dechasse La distribution en fut faite au milieu du plus vifenthousiasme ; mais la fraternité qui régnait entre lescombattants ne les empêcha point de se disputer cesarmes, trop rares, avec toute la jalousie du courage. Surces entrefaites, on annonce l’approche de la garde muni-cipale. Alors les insurgés descendent en masse dans la rue,laissent approcher la garde municipale à la portée du pis-tolet, et la repoussent trois fois de suite au cri de vive laRépublique! Leur exaltation était immense et semblaitcroître avec leurs dangers. Un enfant de douze ans quicombattait parmi eux ayant été cruellement blessé à latête, Jeanne ne put, malgré les sollicitations les plus pres-santes, lui faire quitter la barricade. Du reste, ce bouillantcourage s’alliait, chez les combattants de Saint-Méry, àun sentiment profond d'humanité. Après chaque engage-ment, ils sautaient par-dessus la barricade, prenaient lesblessés dans leurs bras, et les portaient à l’ambulance, oùleurs ennemis n’étaient plus que leurs frères.

Non loin de là, une autre troupe d’insurgés gardait unebarricade construite à l’entrée du passage du Saumon, etdont les approches étaient défendues par des sentinellesvigilantes, échelonnées le long de la rue Montmartre. Làaussi des combats opiniâtres marquèrent une nuit à jamaisdéplorable, car le maréchal Lobau avait ordonné aux sol-dats de fouiller ce quartier de manière à ce qu’il fût libre