CHAPITRE II.
cr
des'fonds n’avaient-ils pas été alloués, l’année précédente,pour le commencement des travaux? Preuve trop évidentede l’état de vassalité dans lequel la Chambre vivait à l’é-gard du pouvoir exécutif! Car enfin, quoi de plus étrangeque de voir une assemblée fournir elle-même à une auto-rité rivale des moyens de dictature, des instruments detyrannie ? Des législateurs s’entourant de l’appareil des ar-mes, consentant à siéger sous le feu de citadelles bâtiesà grands frais, la chose était nouvelle_ assurément et dignede remarque ! Ils n’avaient pas compris de la sorte la li-berté des délibérations parlementaires, les auteurs detoutes les constitutions antérieures à l’an vin, eux quiavaient décrit autour de la capitale un cercle qu’il n’étaitpermis à aucun soldat de franchir, eux qui avaient assuréau pouvoir législatif la possession d’un territoire sacré oùla puissance morale de la loi reposait dans toute sa force !Après de vives attaques contre le projet d'embastiller lacapitale, M. Cavaignac se mit à suivre à travers l'histoiredu dix-neuvième siècle les progrès de ce système de réac-tion qui s'était produit : jusqu'au 18 brumaire, contre leshommes; sous l’Empire, contre les idées; sous la Restau-ration, contre les sentiments et les intérêts du peuple ;depuis, contre les garanties publiques. Le procès mêmeintenté à la Tribune paraissait à l’orateur républicain lasuite d'un vaste plan de conspiration contre-révolution-naire, plutôt qu'un acte de vengeance provoqué par uneinjure. « Quoi ! ce procès pour vous dans un temps où la« société est en proie à un procès, par ma foi, bien autre;« quand elle plie jusque dans son axe, quand on ne sait« à quel orbite doit aboutir ce monde dérouté ! Quoi !« dans cette tempête qui gronde autour de vous, vous