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HISTOIRE DE DIX ANS.
profit les circonstances pour engager la politique du Cabi-net dans les voies où il se proposait de la conduire, con-formément à des vues que nous aurons occasion plus tardd’exposer et de développer. 11 fit entendre à ses collègueset au roi que reconnaître la reine d'Espagne impliquaitl'obligation de la secourir au besoin ; qu’il était digne d’unpays tel que la France de donner à son assentiment lavaleur d’un bienfait et l'autorité d’un haut patronage 5qu’il ne fallait pas se laisser prendre au dépourvu par latempête qui se formait au-dessus des Pyrénées et pouvaitfondre, du haut des montagnes, sur nos provinces dumidi; qu’en un mot il était utile, nécessaire même, delever un corps d'observation de 50,000 hommes.
Quoique systématiquement opposé à tous les actes devigueur, le roi approuva le projet. Il jugeait que lever uncorps de 50,000 hommes, ce n’était pas s’imposer l’enga-gement de l’envoyer à l’ennemi ; et c’en était assez pourle décider. Car le roi manquait complètement de pré-voyance. Doué d’une sûreté de jugement peu communelorsqu’il ne s'agissait que de statuer sur les choses duquart-d’heure, sur les accidents isolés de la politique, ilétait incapable d’apprécier les événements dans leur en-semble et de.saisir leur enchaînement logique. La facultéde généraliser lui était étrangère à un point extraordi-naire. Souvent, il lui arrivait d’admettre le principe, saufà éluder ensuite la tyrannie des conséquences par de pé-nibles détours ou des artifices dangereux. Sa politique,pour tout dire, était un provisoire éternel. La propositionque lui faisait M. Thiers n’ayant rien d’impérieux, riend’actuellement décisif, il n'hésita pas à l’admettre, fauted'en apercevoir la portée et les résultats lointains. 11 con-