CHAPITRE IV.
107
Les funérailles de Dulong furent, comme sa mort, unvéritable événement politique, l ue foule innombrablesuivit, le long des boulevards, le char funéraire. Le gou-vernement craignait une insurrection : il mit sur pied lestroupes dont il disposait, et fit couper le convoi par desmouvements de cavalerie et d'infanterie. Autour de lafosse où sur l’homme de bien allait peser l'invincible som-meil, ses amis se rangèrent avec un profond sentimentd'angoisse;- et MM. Salverte, Tardieu, Cabet , Langlois,Armand Carrel , Dupont (avocat), vinrent tour à tour pro-noncer les'discours d’adieu. M. Dupont fit entendre, enterminant, ces belles paroles : « Nous vivons dans un de« ces temps de corruption où l'homme de conscience, s’il« ne veut pas mentir à la vérité, doit avoir une épée au« service de sa pensée. Dulong avait compris la triste« époque où il vivait. Sa vie ne lui appartenait pas plus« que la nôtre ne nous appartient. Sa vie appartenait à« la vérité ; et, quand la vérité lui a demandé sa vie, il au exécuté le pacte, il a donné sa vie. »
Paris était encore sous l'impression de ce tragique évé-nement, lorsque des scènes où l’ignominie se môle à l’a-trocité le remplirent tout-à-coup de douleur et de honte.
Une loi venait d’ôtre rendue qui soumettait à la forma-lité d'une autorisation préalable accordée par la police,tout écrit vendu,distribué, crié sur la voie publique. Pour-quoi ne le dirions-nous pas, puisque la vérité nous lecommande? Les crieurs lancés sur les places et dans lesrues par les ennemis du Pouvoir ne furent souvent quedes colporteurs de scandale, que les héraults d'armes del'émeute. Dans les libelles qu'ils distribuaient, la mauvaisefoi des attaques le disputa plus d’une fois à la grossièreté