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Tome quatrième.
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HISTOIRE DE DIX ANS.

du langage et à je ne sais quelle flagornerie démagogique.Or, flatter le peuple est une lâcheté, le tromper est uncrime. Que le gouvernement fût intervenu pour mettre finà un tel désordre, il le devait. Mais lui qui s’était accou-tumé à repousser le dénigrement par le dénigrement etle mensonge par le mensonge, lui qui jamais n'avait hé-sité à faire ou à laisser plaider sa cause devantles passantspar les libellistes les plus abjects, de quel front livrait-ilaux salariés des fonds secrets l’exclusive domination dela voie publique? Car enfin, c’était créer le monopole dela calomnie^ c’était mettre au-dessus du pouvoir répressifde la magistrature le pouvoir préventif de la police, et,dans la grande question de l’ordre à défendre, abaisser lejuge devant l’espion !

Des troubles étaient prévus : ils éclatèrent. L’exécutionde la loi sur les crieurs publics était un véritable arrêt demort prononcé contre certaines feuilles spécialement des-tinées au peuple; et elles ne voulurent pas disparaîtresans avoir au moins témoigné tout haut de leur colère etde leur courage. Le dimanche 23 février, une distributiongénérale de ces feuilles devant avoir lieu sur la place dela Bourse, une foule immense s’y était rassemblée, fouleinoffensive, peu bruyante, composée presque entièrementde curieux, mais grossie à chaque minute par le flot despromeneurs. Tout-à-coup les grillesdu palaisde la Bourse s'ouvrent, et sur la place s’élancent, à la suite de quel-ques sergents de ville en uniforme, des agents de policeportant pour la déshonorer la blouse du travailleur, etarmés de gourdins. Animés d’une fureur imbécile etbasse, ces misérables fondent en rugissant sur la popula-tion, qui recule étonnée; ils frappent sans choix, ils frap-