212
HISTOIRE DE DIX ANS.
Le roi comprenait peu les scrupules parlementaires etil s’enmoquaitvolontiers. Apporter de l'amour propre dansles affaires lui paraissait au plus haut point dangereux etniais. Suivant lui, en faisant de toutes les questions im-portantes des questions de Cabinet, on élevait la puis-sance du parlement sur les ruines de la prérogativeroyale. Cette manière de voir, M. de Broglie était loin dela partager, mais il ne l'ignorait pas. Il devait donc natu-rellement s’attendre à voir le roi hésiter devant l’offred'une aussi brusque démission. Ce fut le contraire qui ad-vint. M. de Broglie sortit du ministère dès qu’il en mani-festa l'intention. Les efforts que le roi tentapourle retenirse réduisirent à ces banales objections dont la politessefait une loi. M. de Broglie ne pouvait s’y tromper, Louis-Philippe ayant un jeu de physionomie dont les ministress’étaient accoutumés à surprendre le secret.
Que la retraite du duc de Broglie, en cette occasion,ait été au Château le sujet d’une joie très-vive, rien demoins douteux. D’abord, nous l’avons dit, le roi n’aimaitpas la personne de M. de Broglie. 11 lui trouvait de la rai-deur, de la persistance dans les idées, une dignité incom-mode, une âme trop en garde contrel’influence des petitesséductions; il supportait impatiemment un ministre aveclequel il osait à peine être familier, et qui était homme,dans tous les cas, à déjouer les calculs de la familiaritéroyale. D’un autre côté, M. de Broglie avait, aux yeuxdes courtisans, le tort de mettre la main aux affaires,et cela dans un département où le roi s'alarmait de toutcontrôle. Enfin, la retraite du ministre des affaires étran-gères ne faisait que commencer l’exécution d'un projetcouvé depuis long-temps avec complaisance. Unis étroi-