Band 
Tome quatrième.
Seite
213
JPEG-Download
 

CHAPITRE IV.

213

tement, le duc de Rroglie, M. Guizot et M. Tliiers auraientformé, dans le Conseil, une force contre laquelle se seraittrop souvent brisée la politique personnelle du monarque.11 avait donc fallu semer entre eux de sourdes défiances,les armer l’un contre l’autre par un ténébreux et persé-vérant appel à des sentiments de rivalité. Jusqu'alors lebut n’avait été atteint que très-imparfaitement. L’amitié,de M. Guizot et du duc de Broglie était restée sans nua-ges, et si l’intimité de leur alliance inspirait à M. Thiers quelque inquiétude, il n’en était pas-encore venu à croireune séparation profitable pour lui. Mais M. de Brogliesortant du Conseil, tout changeait. M. Guizot et M. Tliiersse trouvaient face â face, sans lien qui les rapprochât,et avec des caractères différents, des tendances diverses,des talents rivaux, des prétentions égales. Situation qu'ilétait facile de faire tourner au profit du gouvernementpersonnel.

11 y avait à remplacerle duc de Broglie comme ministredes affaires étrangères. La présidence resta au maréchalSoult, parce que son illustration militaire était de natureà imposer à l’opinion, et, parce que, dans l’intérieur duConseil, son importance politique n’était point assezgrande pour éveiller la jalousie. Quant au portefeuilledes affaires étrangères, on l’offrit à M. de Rignv, maison eut beaucoup de peine à le lui faire accepter. Marin,il se sentait à l’aise dans le ministère de la marine, où sacapacité n’était pas trop au-dessous de sa tâche. Se main-tiendrait-il au poste où on l'appelait ? Le fil des intriguesdiplomatiques ne se romprait-il pas entre ses doigts àchaque instant ? Et comment repousserait-il, à la Chambre,des attaques portant sur tout l’ensemble de la politique