CHAPITRE V.
225
tion et dépourvues de hardiesse, on avait vu s’établir laGlaneuse , journal audacieux, dont l’existence financièrepesait sur M. Albert, qui mettait à la disposition du partises relations et sa fortune.
Au mois d’avril 1833, deux procès intentés à la fois àla Glaneuse devinrent l’occasion d’une revue solennelledes forces de la démocratie. Un avocat du barreau de Pa-ris, M. Dupont, est appelé à Lyon pour y prêter à lafeuille attaquée l'appui de sa parole puissante. M. Garnier-Pagès, auquel les républicains lyonnais avaient déjà donnél’année précédente un banquet de 2,000 couverts, M. Gar-nier-Pagès va se mettre en route. M. Philippon, gérantd’un journal satyrique fort célèbre; M. Saint-Homme,avocat renommé dans le département de l’Isère ; M. Trélat.représentant des républicains de l’Auvergne, accourentau rendez-vous. Quinze députations sont envoyées par lesdépartements voisins. On s’occupe activement des prépa-ratifs d’un banquet pour lequel on a compté sur deux millesouscripteurs : il s’en présente six mille. Le banquet estfixé au 5 mai ( 1833) , et l’on ne néglige rien de ce quidoit donner à cette manifestation un caractère imposant.
Le Pouvoir s’alarma. Les hommes qui, sous la Restau-ration, avaient décerné à Lafavette. au nom du libéra-lisme persécuté, une ovation toute révolutionnaire, cesmêmes hommes jurèrent que le banquet projeté n’auraitpas lieu, dût la guerre civile reprendre l’œuvre de des-truction commencée en novembre ! L’interdiction se for-mula dans un arrêté qui ne s’appuyait sur aucun texte deloi. Les commissaires du banquet déclarèrent l’arrêté illé-gal et poursuivirent leurs préparatifs. Mais tout-à-coupune agitation d’une nature mystérieuse éclate. Des visagesiv. 15