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HISTOIRE DE DIX ANS.
exclusivement légale, il n’hésita pas à affirmer que tenterla fortune des armes serait une insigne, une irréparablefolie -, et, pour mieux exprimer combien profonde étaitsur ce point sa conviction, il s’écria : « 11 faut plutôt se« battre pour qu’on ne se batte pas. » M. Garnier-Pagès ,que, sur une invitation de lui très-pressante, M. Alberts’était décidé à aller voir, M. Garnier-Pagès tenait lemême langage. Mais ce que M. Albert venait chercher àParis , ce n’était pas seulement la condamnation du mou-vement, c’était un homme assez vigoureux et assez popu-laire pour en comprimer la fougue. L’anxiété de l’envoyélyonnais fut donc extrême, et il se disposait à repartir,lorsque, par l’intermédiaire de M. Marchais, ArmandCarrel lui üt demander une entrevue. « Si personne, dit« Carrel, ne consent à vous accompagner à Lyon , moi je« m’offre. Y pensez-vous, répondit M. Albert, étonné de« cette proposition inattendue ? Quel accueil espérez-vous« qu’on vous fasse dans notre ville? Savez-vous bien que« je n’ai pu accepter un entretien avec vous qu’en dépas-« santmes instructions? — Et si j'allais à Lyon , reprit« Armand Carrel, avec Godefroi Cavaignac ?—A la bonne« heure : et veuille Dieu qu’il en soit ainsi ! »
Quelques nuages avaient passé sur l’amitié de MM. Ca-vaignac et Carrel. Ils se virent néanmoins; et, comme ilsétaient animés tous deux des sentiments les plus élevés,ils n’eurent pas de peine à s'entendre. Le voyage fut réso-lu. On désirait que M. de Lafavelte en fît partie, à causede son nom et des souvenirs qu’il avait laissés dans la po-pulation lyonnaise ; mais il était alors gravement malade.« J’éprouve, dit-il, un vif regret de ne pouvoir m’asso-« cier en personne aux dangers d une aussi courageuse