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HISTOIRE DE DIX ANS.
tumulte. Emprisonnés dans leurs maisons, les habitantsdes quartiers exposés au feu vivent dans une douloureuseignorance et de ce qui les entoure et de ce qui les attend.La nuit vint : elle n’était qu'une halte dans la guerrecivile.
Le lendemain, 10 avril ( 1834), les premières heuresdu jour furent assez calmes, mais, une fois commencéela lutte devint furieuse. Quelle journée ! Les soldats occu-paient les grandes lignes, ils remplissaient les forts, ilscouvraient presque toutes les places, ils se pressaient surtous les ponts ; et de leurs canons, de leurs fusils, tournésvers les rues qui conduisent à l’un et l’autre fleuve, ilsdéfendaient invinciblement au peuple l’approche de cesquais, où ne régnait plus qu’une solitude funèbre et oùle passage du peuple n’était plus marqué, depuis la veille,que par de longues traînées de sang. L’artillerie grondaitsur Lyon comme sur un champ de bataille; les obus vo-laient sur divers points, lançant au hasard l’incendie.
Et ce jour-là néanmoins l'insurrection gagna du terrain.Serpentant sur les hauteurs dont la Saône baigne le pen-chant, elle les couronna, et bientôt, éclatant partout à lafois, elle enveloppa la ville. Le faubourg de Yaise s’étaitébranlé déjà, et les soldats disciplinaires, se soulevant,agrandissaient la révolte commencée. La caserne des Ber-nardines opposait son front menaçant, inébranlable, auxfortifications mouvantes dont la Croix-Rousse se hérissaitde toutes parts. De son côté, la Guillotière était parcourueet tenue en haleine par des bandes d'insurgés. Le tocsinsonnait aux Cordeliers et à Saint-Aizier. Le drapeau noirflottait sur l'église de Saint-Polycarpe et sur l’hôpital desFous. Alors ce fut un affreux spectacle. Des pétards font