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HISTOIRE DE DIX ANS.
part, pour combattre, que le sabre ou le pistolet, ils de-vaient puiser leur force dans leur audace, et leur audacedans la grandeur même du péril. Sur un point seulement,l'insurrection occupait une position favorable : c'était aucœur de la ville, sur la place des Cordeliers. Les républi-cains s'étaient emparés de l'église, ils en avaient fait leurquartier-général, et, l’environnant de barricades, ils enrendaient les approches mortelles. Rien de plus émouvantet de plus étrange que l’aspect de ce temple devenu lesiège d'une révolte désespérée. Dans une des nefs, desouvriers fabriquaient de la poudre, pendant que, rangésautour d’un grand feu, d’autres s'occupaient à fondre desballes. Une chapelle avait été transformée en ambulance.On y apportait des blessés, dontles prêtres pieux venaientadoucir ou encourager la souffrance, et qu’entourait desoins charitables une jeune fille conduite au milieu de cesscènes de deuil par le plus fort de tous les dévoûments,celui de l'amour. Là commandait un homme à la tailleélevée, à l’œil noir, au visage plein d’énergie et de fierté.Son nom était Lagrange. Et jamais chef n’exerça plus sou-verainement son empire. Prompt à parer à tous les dan-gers, ilcourait de barricade en barricade, animait ses com-pagnons de la voix et du geste, posait et faisait releverles sentinelles, envoyait des renforts sur les points mena-cés, et couvrait d’une protection magnanime le quartiermême où la guerre civile lui avait fatalement assigné sonposte. Un agent de police nommé Corteyss’était glissé par-mi les insurgés. On le découvrit, et on allait le fusiller :Lagrange s’y oppose; et comme des paroles de soupçonretentissaient, lui, pour toute réponse, il dépasse les li-mites du camp, se promène tranquille devant le front des