CHAPITRE V.
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troupes, essuie une décharge qui ne l'atteint pas, et re-vient absous de sa générosité par son courage. Tel étaitl’esprit qui animait l’insurrection : Carrier et Gauthier àla Croix-Rousse, Réverchon à Vaise, Respinasse à la Guil-lotière,tous surent, par leur modération et leur humanité,honorer la cause qu’ils défendaient au péril de leur vie.
Cependant la lutte continue, laissant la victoire incer-taine et multipliant d’heure en heure les désastres. Uneinterruption si prolongée des relations de chaque jour estvenue ajouter des angoisses nouvelles à la détresse per-manente du peuple; et, dans quelques quartiers reculés,des citoyens s’en vont faisant des quêtes et criant d’unevoix lamentable : « Du pain pour les pauvres ouvriers! »Mais ailleurs, dans le voisinage des troupes, tout est dé-sert; et si la fusillade s’arrête tout-à-coup, si l’appel loin-tain des cloches vient à s'interrompre, si les caissons ces-sent un instant de rouler sur le pavé, ce qui succède àces bruits de destruction, c’est un silence de mort, uneffroyable silence ! Pas un cri ne s’échappe du fond desmaisons, fermées et muettes comme des tombeaux ; car.par toute croisée qui s’ouvre, la mort pénètre. La circu-lation a été interdite d'une manière absolue : mesure ex-trême qui fait de chaque passant un rebelle; et quiconquefranchit le seuil de sa porte devient un point de mire pourles soldats. Des femmes, des enfants, des vieillards furenttués sans pitié au détour des rues. Un frère fut renversépar une balle sur le cadavre de son frère, qu’il avait vutomber et qu’il relevait en pleurant. Aussi l’intérieur debeaucoup de maisons présenta-t-il bientôt un spectaclepresque aussi triste que celui du dehors. Dans les unes,le pain manquait; dans d’autres, on tremblait pour lesiv. 17