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HISTOIRE DE DIX ANS.
d'avoir dépassé le seuil de leurs demeures. Lyon étaitplongé dans un silence sans repos et qu'interrompaientseulement, d'intervalle en intervalle, quelques coups defusils tirés dans le lointain. Tout-à-coup, parmi lestroupes postées dans le quartier Saint-Jean, le bruit cir-cule qu'on va passer de l’autre côté de la Saône , et que leschefs jugent indispensable la concentration de leurs forces.Le quartier Saint-Jean était habité par plusieurs fonction-naires, et, entr’autres, par M. Duplan, homme modéré,qui, dans l’exercice d’un ministère rigoureux, avait sus’attirer jusqu’à l’estime de ses adversaires, et qui, àcause de cela sans doute, n’avait pas été initié aussi com-plètement que M. Chégaray, son inférieur, aux instruc-tions mystérieuses reçues de Paris . Averti, pendant lanuit, qu’on allait abandonner le quartier Saint-Jean et quel'heure était venue de se mettre en sûreté, il courut à lapréfecture, moins effrayé que surpris. Il y trouve, étendutout habillé sur un matelas, le général Buchet, et lui té-moigne son étonnement. Quel irréparable échec avaientdonc éprouvé les troupes, qu’il fallut sitôt les concentrerentre les deux fleuves, et laisser en proie à l’insurrectionla rive occidentale de la Saône ? Pourquoi encourager lesinsurgés de Saint-Just et de Saint-Georges par ce mouve-ment de recul? Eh quoi ! n’y avait-il aucun danger à per-mettre aux factieux de s’emparer de la cathédrale, des’yfortifier, de la transformer en citadelle? Une fois qu’ils yseraient établis, emploirait-on l’artillerie pour les enchasser, et ruinerait-on de fond en comble ce magnifiquemonument de l’art catholique ? M. Duplan insistait parti-culièrement sur la nécessité de sauver les archives dutribunal. Il demande enfin à être introduit auprès de