CHAPITRE V.
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(lu meurtre : « Laissez, lui dit un soldat, laissez cet« homme pour élever son enfant. » 11 achevait à peine,que déjà l'officier avait plongé son épée dans la poitrinedu malheureux père de famille. Abrégeons, abrégeonscette énumération lamentable, et n’épuisons pas le cou-rage qu’il nous faut pour parcourir la route sanglante quicommence à Lyon dans le faubourg de Vaise et doit finirà Paris dans la rue Transnonain. Seize victimes innocentesfaites dans l’espace de quelques minutes, seize assassi-nats, tels furent les effets de la direction imprimée aumouvement répressif.
11 ne restait plus qu’à emporter le quartier des Corde-liers. Deux compagnies, soutenues par du canon, attaquentles barricades, et, après une lutte acharnée, les enlèvent.Les insurgés occupaient encore l’église des Cordeliers : lesportes s’ébranlent, elles sont enfoncées... Quel spectacle!un sergent, noir de poudre, est là qui anime les siens aucarnage et commande le feu. Une décharge terrible faitrésonner ces voûtes accoutumées au bruit des cantiquespieux. C’est en vain que des prêtres, ministres d’un Dieu de miséricorde, demandent grâce pour les vaincus : il n’ya pas de pitié dans les guerres civiles ! Parmi les insurgés,ceux-ci s’abritent derrière les colonnes, ceux-là disparais-sent dans l’ombre des chapelles latérales; d’autres fontmonter vers le ciel des hymnes de liberté, des chants lu-gubres, et semblent vouloir se bercer dans les bras de lamort. 11 y en eut un qui, debout sur les marches les plusélevées de l’autel, les bras croisés sur sa poitrine, le visagerayonnant, et le regard plein d’un amer délire, s’écria :« Voici le moment de mourir pour la patrie! » L’âme dece jeune homme avait déjà pris son vol éternel, quand,